Origine et histoire de l'Église des Bénédictins
L'ancienne église des Bénédictins, de style roman, est attenante aux bâtiments de l'abbaye de Saint‑Ferme, en Gironde ; elle présente une nef sans bas‑côtés, coupée par un transept qui lui donne un plan en croix latine, et se termine par trois absides dont deux forment des chapelles latérales. L'édifice est voûté en plein cintre pour la nef et les chœurs, les absides sont en cul‑de‑four et le carré du transept voûté d'ogives ; transept et absides s'ouvrent sur des fenêtres accompagnées de chapiteaux historiés. L'abbaye est implantée sur la place du bourg, le long de la route départementale D16, jouxte l'église et la mairie occupe la partie sud‑ouest du bâtiment faisant face à la place ; elle constitue une étape du pèlerinage de Saint‑Jacques-de‑Compostelle sur la voie dite Lemovicensis, entre Pellegrue et Monségur. Les archives ayant été perdues, l'histoire ancienne reste en grande partie incertaine, mais la tradition et les documents évoquent une communauté bénédictine au haut Moyen Âge qui construisit un monastère fortifié et y vécut jusqu'à la fin du haut Moyen Âge ; après des conflits avec les autorités locales, la communauté primitive fut remplacée par des moines suivant la règle de saint Maur, sous la tutelle de l'évêque de Bazas et de l'abbaye de Saint‑Florent de Saumur. Les bâtiments actuels furent élevés aux XIe et XIIIe siècles pour accueillir et soigner les pèlerins se rendant à Compostelle. L'abbaye possédait prieurés, moulins, chais, terres, vignes et forêts répartis sur plusieurs paroisses.
Les constructions abbatiales du XIIIe siècle s'organisent autour d'une cour pavée : à l'est se trouvaient sacristie, salle capitulaire et logis de l'abbé, au sud le dortoir et à l'ouest les services administratifs et juridictionnels. Lors de la guerre de Cent Ans, les bâtiments furent fortifiés et entourés de douves, la galerie du cloître à colonnettes doubles fut supprimée et certaines fenêtres murées ou transformées en meurtrières. Aux guerres de Religion et aux siècles suivants, des modifications défensives furent apportées, l'entrée fut renforcée par puissants contreforts soutenant un assommoir et la grande rosace fut en partie murée ; le chevet connut des réaménagements successifs. Après 1453, des abbés procédèrent à des rénovations et introduisirent des éléments de confort, comme des baies à croisée et une cheminée monumentale de lignes épurées édifiée dans l'ancien scriptorium. La période des abbés commendataires, qui dépensèrent beaucoup pour leur demeure du Parc, marque le début du déclin du monastère. Quelques années avant la Révolution, les moines quittèrent définitivement l'abbaye ; l'abbé céda l'abbatiale comme église paroissiale et donna les bâtiments « en commune » aux habitants, en imposant l'installation d'une école pour garçons au rez‑de‑chaussée et d'une école pour filles à l'étage. Les locaux de l'ancien scriptorium, de la bibliothèque et de l'oustal ou hôpital des pèlerins servirent successivement de maison commune, puis de mairie ; l'abbaye abrite aujourd'hui la mairie, un musée sur la vie monastique et un trésor monétaire de 1 300 monnaies romaines découvert à proximité en 1986. L'église abbatiale est classée monument historique depuis 1886 et de nombreux éléments des bâtiments ont été inscrits en 1990, notamment façades, toitures, une arcade et un escalier du XVIIe siècle ainsi que la cour intérieure.
Les bâtiments conventuels comprennent l'hôpital et le réfectoire au rez‑de‑chaussée de l'aile sud, disposés pour être accessibles aux pèlerins tout en préservant la clausure par un mur aveugle vers le cloître ; à l'étage, les fenêtres furent refaites après les guerres de Religion, le troisième niveau, dont subsiste partiellement l'arrachement, était occupé par le dortoir détruit en 1615 par les huguenots, et l'étage abritait aussi le scriptorium et l'armarium avec un chauffoir destiné à conserver les boissons chaudes et empêcher l'encre de geler. L'hostellerie, remaniée au fil des siècles, occupait à l'origine une vaste salle indépendante au rez‑de‑chaussée, puis au milieu du XIVe siècle l'espace fut divisé en cinq salles voûtées en pierre pour protéger l'étage contre les attaques par le feu ; l'accès donnait alors sur une grande porte à voussure côté sud, remplacée en 2000 par un vitrail consacré à Compostelle. La tour en poivrière du XVe siècle abrite un escalier en vis reconstruit au XVIIe siècle qui donne accès au troisième niveau, où sont aujourd'hui l'écomusée et le trésor monétaire.
La cheminée de l'ancien scriptorium est réalisée en calcaire de Monbazillac ; le fond de l'âtre est habillé de bardelis et un arc de décharge permet des réparations régulières ; la cheminée présente des piédroits terminés par des chapiteaux soutenant un linteau, une hotte encadrée de pilastres et une corniche, et le linteau fut restauré en 1977 par un employé communal. Des prieurs et des abbés commendataires sont connus par des listes partielles, avec des noms attestés entre 1445 et 1790.
La salle de justice fut décorée d'une peinture murale sur la hotte de la cheminée sous l'abbatiat de l'abbé de Batz ; sur fond fleurdelisé, elle évoque les pouvoirs considérables de l'abbé, représentant la Justice allégorique, les armes de France et le blason de l'abbé, et rappelle que l'abbé exerçait localement des droits judiciaires internes et externes, y compris la petite, moyenne et haute justice et des peines pouvant aller jusqu'à la détention ou la mise à mort, cette dernière appliquée au lieu‑dit la Potence. Une petite salle voûtée attenante servit de salle d'écrou au XVIIIe siècle.
L'abbatiale elle‑même, commencée par les moines au premier tiers du XIIe siècle, comportait à l'origine une nef de cinq travées avec bas‑côtés, un chevet à trois absides tangentes ornées d'une trentaine de chapiteaux sculptés en trois campagnes successives et une croisée du transept couverte d'une voûte sur voussures à 27 mètres du sol, ouvrage représentatif du « maître de Saint‑Ferme » dont le style influença la région. L'édifice conserve un clocher carré au droit de la croisée qui servit de donjon pendant la guerre de Cent Ans et fut remplacé au XIXe siècle par un modeste campanile en façade occidentale ; l'orientation et la structure — nef sans bas‑côtés, chevet allongé et absidioles flanquant l'abside — correspondent au plan des églises importantes du pays et se lisent dans l'épaisseur des murs et le traitement des ouvertures, témoignant de deux phases de construction distinctes.
À l'intérieur, l'imagerie romane se concentre sur dix‑huit chapiteaux historiés et sept chapiteaux à décor végétal, répartis notamment dans l'abside et les absidioles sous la forme de grandes corbeilles et de chapiteaux d'ébrasement ; les thèmes, religieux et moralistes, sont équilibrés et leur état de conservation varie selon les remaniements et les dégradations subies. Parmi les éléments remarquables figurent une grande croix et un Christ monumental placé par un des derniers abbés lorsque l'abbatiale devint église paroissiale sous le vocable de Notre‑Dame‑de‑la‑Nativité vers 1770 — la croix mesure environ huit mètres et le Christ y est deux fois la taille normale — ainsi qu'un lutrin en bois de cerisier et de noyer commandé au XVIIIe siècle, restauré au XIXe siècle et orné d'éléments sculptés liés à saint Michel. Les chapiteaux et corbeilles, dispersant scènes bibliques, figures symboliques et motifs animaliers ou végétaux — Daniel dans la fosse aux lions, David et Goliath, la Présentation au Temple, la Tentation, le Lavement des pieds, l'aigle, le maître des animaux, entre autres — révèlent une iconographie riche, parfois remployée lors du remontage du chevet, et témoignent de la qualité et de la complexité de la sculpture romane de Saint‑Ferme, malgré les dommages causés par le temps et les conflits.