Origine et histoire de l'Église du Saint-Esprit
L’église du Saint-Esprit d’Aix-en-Provence trouve ses origines au XIIIe siècle avec la fondation d’un hôpital par l’Ordre du Saint-Esprit, dédié à l’accueil des déshérités. Situé à l’ouest de la ville, près de la campagne, cet établissement fut complété au XVe siècle par une chapelle richement ornée, tandis qu’en face s’élevait le couvent des Augustins. Les deux chantiers, menés simultanément, marquèrent le paysage urbain et religieux de la cité.
Au XVIIe siècle, l’expansion démographique d’Aix vers l’ouest, avec la création du quartier Villeverte, rendit la chapelle de l’hôpital exiguë pour les fidèles. Malgré des tracés urbains médiévaux jugés archaïques, la pression populaire conduisit à un projet de nouvelle église paroissiale. Après des décennies de négociations entre le Parlement de Provence, le chapitre de la cathédrale et les habitants, le devis fut finalement réduit de 50 000 à 30 000 livres par l’architecte Laurent Vallon, permettant la pose de la première pierre en 1706.
L’église, bénie en 1716 sous le nom de paroisse Saint-Jérôme en hommage au cardinal Grimaldi, fut achevée en 1726, mais souffrit dès sa construction de faiblesses structurelles dues aux économies réalisées. Malgré ces défauts, son intérieur baroque, orné de sculptures et de tableaux, ainsi que son orgue exceptionnel issu du couvent des Carmes, en firent un lieu de culte majeur. Pendant la Révolution, elle fut fermée en 1794, mise en vente sans succès, puis rouverte en 1802 avant d’être consacrée en 1806.
Le XIXe siècle vit l’église s’enrichir de dons et de restaurations, comme celles de l’orgue par Antoine-Prosper Moitessier en 1858. Au XXe siècle, elle fut classée monument historique en 1985 et affectée en 2009 à la Communauté catholique étudiante d’Aix, tout en restant rattachée à la paroisse de la cathédrale Saint-Sauveur. Son architecture, mêlant sobriété extérieure et décoration intérieure fastueuse, reflète les influences provençales, corses et espagnoles, tandis que son histoire croise celles de personnalités comme Napoléon Bonaparte, le pape Pie VII ou le comte de Mirabeau.
Parmi les éléments remarquables, le maître-autel du XVIIIe siècle, conservé intact grâce à un don pendant la Révolution, et les stalles provenant probablement d’un couvent disparu, illustrent le patrimoine mobilier de l’édifice. Les tableaux, comme La Pentecôte de Jean Daret ou Le Christ en Croix de Dandré-Bardon, ainsi que les statues des quatre paroisses aixoises, témoignent de son rôle artistique et spirituel. Les ferronneries, lustres et bénitiers en marbre rouge complètent cet ensemble, faisant de l’église un joyau du patrimoine religieux provençal.