Origine et histoire de l'Église luthérienne
L’église luthérienne de Bouxwiller, initialement dédiée à la Vierge Marie, est attestée dès 1355, bien que sa fondation remonte peut-être au début du XIVe siècle. Située dans le Bas-Rhin, elle passe au culte luthérien en 1542 sous l’impulsion du comte Philippe IV de Hanau-Lichtenberg, marquant la Réforme protestante dans la région. La partie inférieure de sa tour, voûtée d’ogives, date de cette période médiévale, tandis que des remaniements interviennent dès 1546.
En 1613, le comte Johann Reinhard I de Hanau-Lichtenberg ordonne la démolition et la reconstruction de la nef, élargie pour accueillir deux étages de tribunes. La tour-chœur est surélevée et intégrée à l’édifice, tandis que le mur occidental de l’ancienne église est conservé. Au XVIIIe siècle, des modifications majeures transforment son apparence : en 1728, la tour gagne un beffroi octogonal à bulbe, et les fenêtres perdent leurs réseaux gothiques pour plus de luminosité. Les voûtes des bas-côtés sont supprimées en 1758, et l’installation de l’orgue Silbermann en 1778 entraîne la rénovation de la loge seigneuriale, ornée de stucs.
L’intérieur de l’église reflète son histoire protestante, avec un plan rectangulaire favorisant la prédication. Les tribunes, initialement à deux niveaux, sont peintes de scènes bibliques (Jacob, Jonas, Jugement dernier) restaurées au début du XXe siècle par Henri Ebel. L’orgue, chef-d’œuvre de Jean-André Silbermann, remplace en 1778 un instrument de 1666 aujourd’hui conservé ailleurs. La chaire polychrome (1579-1614) mêle styles gothique flamboyant et Renaissance, tandis que la loge seigneuriale, réservée à la noblesse locale, arbore des décors en stuc de 1778.
Classée à l’inventaire des monuments historiques en 1930, l’église subit des restaurations en 1912-1913 (extérieur et intérieur) et en 1965, où le deuxième étage des tribunes est supprimé. Son ancien chœur gothique, accessible depuis la tourelle d’escalier, abrite huit pierres tombales du XVIIe siècle, témoignant de l’histoire héraldique des familles seigneuriales. L’édifice incarne ainsi près de sept siècles d’histoire religieuse, entre héritage catholique et identité luthérienne alsacienne.
Le site conserve également des éléments funéraires et sculpturaux, comme des culots ornés de têtes et des dalles commémoratives. Les portes gothiques tardives et les vitraux simplifiés (oculi et arcs brisés) rappellent les adaptations successives de l’espace liturgique. L’église, ceinturée de contreforts massifs, domine le paysage urbain de Bouxwiller, symbole de la coexistence des époques et des cultes en Alsace.