Origine et histoire de l'Église luthérienne
L'église protestante de Bouxwiller, attestée dès 1355, remonte probablement aux premières décennies du XIVe siècle et était à l'origine dédiée à la Vierge. Elle est passée au culte luthérien au XVIe siècle. L'édifice a été inscrit à l'inventaire des monuments historiques le 16 octobre 1930.
La partie inférieure de la tour voûtée, qui faisait office de chœur, date du XIVe siècle. La nef fut démolie et reconstruite en 1613 à l'instigation du comte Jean-Reinhard I de Hanau-Lichtenberg : la nouvelle construction est plus large et comportait deux niveaux de tribunes, sans être plus longue, puisque l'on conserva une portion du mur occidental de l'ancien bâtiment. La tour fut alors surélevée d'un niveau et intégrée dans l'agrandissement de la nef. En 1728 la tour reçut un beffroi octogonal à bulbe et clocheton et les réseaux gothiques des fenêtres de 1613 furent supprimés pour augmenter la luminosité; les voûtes des bas-côtés et des vestibules flanquant la tour furent déposées au milieu du XVIIIe siècle (1758 et 1762). L'installation de l'orgue réalisé par Jean-André Silbermann en 1777-1778 entraîna la transformation de la loge seigneuriale, décorée à cette occasion de stucs. Des campagnes de restauration menées par Théo Berst ont concerné l'extérieur en 1912 et l'intérieur en 1913, et le deuxième étage des tribunes a été supprimé en 1965.
L'extérieur de l'édifice, très massif, est renforcé par de lourds contreforts; la tour présente des fenêtres géminées en plein cintre et une fenêtre à réseau gothique au-dessus du toit de la nef. À l'intérieur, le vaisseau central est séparé des bas-côtés par quatre grandes arcades en arc brisé; les tribunes occupent la périphérie de la nef et leurs garde-corps sont largement ornés de peintures religieuses. Six portes moulurées de style gothique tardif donnent accès à l'édifice. Le vaisseau central est éclairé par des oculi tandis que les bas-côtés reçoivent la lumière par des fenêtres en arc brisé sans réseau. Le rez-de-chaussée de la tour est voûté d'ogives et conserve l'ancien arc triomphal vers la loge seigneuriale; les vestibules conservent des culots sculptés de têtes et, côté nord, la tourelle d'escalier circulaire à limon hélicoïdal dessert les étages de la tour. Des dalles funéraires et huit pierres tombales de la famille seigneuriale du XVIIe siècle, dont deux enfants morts en bas âge, sont apposées dans l'ancien chœur et présentent un intérêt héraldique.
L'importance de la prédication a fait évoluer le plan vers une organisation plus rectangulaire et la tribune, qui ceint l'ensemble, a originellement comporté deux niveaux; ses panneaux ont été peints et restaurés par Henri Ebel entre 1912 et 1914. Les peintures représentent, au sud, plusieurs scènes bibliques telles que la fuite de Jacob, Jonas rejeté par la baleine, le riche et Lazare, le pharisien et le collecteur d'impôts, la décollation de saint Jean-Baptiste et la conversion de Paul; à l'ouest figurent le Christ, les douze apôtres et le Jugement dernier; à l'est sont représentés Jean-Baptiste, Jonas à Ninive et la Nativité.
L'orgue monumental réalisé par Jean-André Silbermann en 1778 remplace un instrument de 1666 de Baldner aujourd'hui conservé dans l'église Saint-Léger de Bouxwiller. Le buffet de l'orgue, classé monument historique en 1977, présente des tourelles de hauteurs variées alternant avec les tuyaux; l'instrument, restauré en 1968 par Alfred Kern, comprend deux claviers et 28 jeux, dont 11 d'origine et le reste reconstitué d'après des documents anciens.
La chaire polychrome en grès associe remplois datés de 1579 et une cuve de 1614; sa balustrade comporte cinq panneaux, quatre représentant les symboles des évangélistes et un cinquième portant des citations bibliques en latin, tandis que les pilastres sculptés mêlent guirlandes, fruits et têtes expressives. La loge seigneuriale, réservée à la famille comtale et à la noblesse locale, a pris son aspect actuel lors de l'installation de l'orgue et conserve de beaux décors en stuc de 1778. L'ancien chœur gothique, situé à l'est derrière la loge seigneuriale, n'a aujourd'hui d'autre fonction que de donner accès à la tourelle d'escalier du clocher.