Origine et histoire de l'Église mixte Saint-Jacques-le-Majeur
L'église Saint-Jacques-le-Majeur de Hunawihr, classée monument historique depuis 1972, est un édifice religieux atypique en raison de son caractère mixte, c'est-à-dire partagé entre cultes catholique et protestant. Située dans le village alsacien de Hunawihr (Haut-Rhin), elle s’inscrit dans un cimetière fortifié, élément rare témoignant des besoins défensifs locaux à la fin du Moyen Âge. Son clocher, dont la partie la plus ancienne remonte à la seconde moitié du XVe siècle, pourrait avoir servi de chapelle latérale avant d’être intégré à l’édifice actuel. Les murs d’enceinte, flanqués de six tours circulaires adaptées au tir de couleuvrines, ainsi qu’un fossé mentionné dès 1472, soulignent sa vocation à la fois spirituelle et militaire.
La structure de l’église révèle une construction échelonnée : la nef et le chœur, voûtés de nervures gothiques, datent de 1524-1525, comme en attestent les inscriptions gravées sur une console et un vantail. Une crypte voûtée d’ogives, accessible depuis la sacristie, et des meurtrières très ébrasées dans le mur ouest trahissent des préoccupations défensives persistantes. Le cimetière fortifié, probablement érigé entre la fin du XVe et le début du XVIe siècle, englobe des vestiges d’une possible maison seigneuriale du XIe siècle, suggérant une occupation ancienne du site. L’ensemble, propriété communale, illustre l’adaptation des lieux de culte alsaciens aux conflits régionaux, tout en conservant des traces architecturales médiévales remarquables.
L’édifice se distingue par des détails architecturaux hétéroclites : un mur-pignon asymétrique à l’ouest, une porte désaxée en arc brisé, et des fenêtres à moulures croisées. La tour-clocher, ornée de chaînes d’angle harpées et de marques de tâcherons, abrite un cadran d’horloge rénové en 2000. Deux écus en relief, aujourd’hui vierges, décoraient autrefois sa face ouest, tandis qu’une date peinte (1493) au sommet de sa voûte évoque sa construction initiale. Les restaurations ultérieures, comme celle de 1674 (mentionnée par des initiales M. L.), ou les travaux de 1878 sur la tour, témoignent d’une maintenance continue. Le cimetière protestant, ajouté plus tard à l’extérieur de l’enceinte, reflète l’évolution confessionnelle de l’Alsace après la Réforme.