Origine et histoire de l'Église mixte Saint-Jacques-le-Majeur
L'église mixte Saint-Jacques-le-Majeur, située à Reipertswiller dans le Bas-Rhin, est un édifice religieux dont les origines remontent au XIIe siècle, avec des transformations majeures aux XIIIe, XIVe et XVe siècles. La tour-clocher, partie la plus ancienne, date probablement du début du XIIIe siècle et aurait servi de tour de guet. Son architecture massive, couverte d’un toit en bâtière orné de croix en pierre, reflète son rôle défensif initial. Au XIVe siècle, la nef est remaniée sous l’influence des seigneurs de Lichtenberg, famille noble qui marque durablement l’histoire du village et de son église.
Le chœur, de style gothique, est agrandi et surhaussé au XVe siècle sous l’impulsion de Jacques de Lichtenberg, dit le Barbu, qui y établit sa chapelle funéraire en 1478. Les baies trilobées, les voûtes à nervures multiples et les chapiteaux semi-hexagonaux illustrent cette période faste. La nef, quant à elle, subit des modifications aux XVIIIe siècle (percement d’ouvertures) et en 1888 (ajout d’une tribune). La sacristie, détruite pendant la Révolution, est reconstruite en 1949.
L’église devient mixte (catholique et protestante) à partir de 1693, reflétant les tensions religieuses de l’Alsace post-Trente Ans. Classée Monument Historique en 1983, elle conserve des éléments défensifs comme le cimetière fortifié originel et des traces de son passé seigneurial, notamment le blason des Lichtenberg sur la clef de voûte. Son histoire est aussi liée à l’organisation paroissiale locale : rattachée à Ingwiller, puis à Wimmenau en 1803, elle devient le centre d’une paroisse indépendante en 1865 avec Lichtenberg.
La tour-clocher, aux murs renforcés de crochets métalliques et de chaînages intérieurs, témoigne des adaptations militaires et architecturales au fil des siècles. Le mur gouttereau sud de la nef, dans le prolongement de la tour, conserve des vestiges de la nef d’origine, tandis que le côté nord, élargi, révèle une porte en arc brisé du XIVe siècle. Le choeur, étayé par des contreforts sculptés de têtes d’animaux fantastiques, abrite des vitraux aux motifs variés et une voûte supportée par des colonnettes engagées.
L’orgue actuel occupe l’emplacement d’une ancienne tribune seigneuriale, suggérée par des vestiges d’ouverture près de la sacristie. Cette dernière, édifiée entre deux contreforts, était autrefois voûtée et surmontée d’une tribune, comme l’indiquent les consoles en saillie. Les transformations successives — agrandissements, percements, reconstructions — illustrent l’évolution des besoins liturgiques et communautaires, dans une région marquée par les conflits religieux et les changements politiques.
Classée parmi les monuments historiques du Bas-Rhin, l’église Saint-Jacques-le-Majeur incarne aujourd’hui un patrimoine à la fois religieux, militaire et seigneurial. Son architecture hybride, mêlant roman et gothique, et son statut d’église mixte en font un symbole des particularismes alsaciens, entre héritage médiéval et adaptations modernes.