Origine et histoire de l'Église monolithe
L'église monolithe de Saint-Émilion est une église souterraine du XIe siècle, entièrement taillée dans la roche calcaire d'une colline. Avec près de 15 000 m3 de pierre extraits, elle forme un espace vaste mais discret, invisible depuis l'extérieur. Composée d'une nef centrale de 11 mètres de haut, de deux collatéraux et de six travées séparées par des piliers monolithes, elle abrite des bas-reliefs dans le chœur et des catacombes médiévales. Son orientation irrégulière suggère des contraintes liées à son emplacement dans le sous-sol.
Selon la tradition, le moine breton Émilion, ermite au VIIIe siècle, aurait inspiré ce lieu sacré après sa mort en 767, ses disciples creusant un premier souterrain. Au XIIe siècle, Pierre de Castillon, vicomte d'Aubeterre, fit creuser l'église en s'inspirant des techniques de Cappadoce (creusement du haut vers le bas) et des memoriae du Saint-Sépulcre. L'édifice, lié aux reliques de saints locaux, visait à attirer les pèlerins vers Compostelle. Une inscription sur le 3e pilier sud, datée de la fin du XIe ou du début du XIIe siècle, mentionne sa consécration à saint Émilion.
L'église évolua avec l'ajout d'une tour au XIIe siècle (base du clocher actuel), de fenêtres gothiques et d'un portail au XIVe siècle, puis d'une flèche au XVIe siècle. Vendue comme bien national en 1793, elle fut transformée en fabrique de salpêtre, détruisant ses décorations murales. Classée monument historique en 1886 (église) et 1907 (clocher), elle fut inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1999 avec la juridiction de Saint-Émilion. Menacée par des infiltrations, elle fut stabilisée après son inscription sur la liste des monuments en danger en 1996.
L'influence orientale, notamment après la première croisade, transparaît dans son architecture, rapprochée des églises paléochrétiennes du Moyen-Orient. Les moines bénédictins, puis les chanoines augustins (à partir de 1110), gérèrent le site jusqu'à sa sécularisation au XIVe siècle. Les catacombes adjacentes, utilisées comme lieu de sépulture, témoignent de son rôle funéraire médiéval. Malgré les modifications des XVe et XVIIe siècles, son aspect primitif roman domine, faisant d'elle un témoignage unique de l'art monolithe en Europe.