Origine et histoire de l'Église Notre-Dame
L'église Notre-Dame du Raincy, aussi appelée Notre-Dame-de-la-Consolation, est construite entre 1922 et 1923 par les architectes Auguste et Gustave Perret. Commandée par l'abbé Félix Nègre pour répondre à l'accroissement démographique du Raincy, elle commémore la victoire de l'Ourcq (1914) et rend hommage aux taxis de la Marne. Son originalité réside dans l'utilisation pionnière du béton armé, matériau alors expérimental, et dans sa construction rapide (14 mois) malgré un budget limité (300 000 francs).
Le projet est né d'un concours organisé en 1916 par la Société de Saint-Jean, mais c'est grâce à l'intervention de Gabriel Thomas, financier du Théâtre des Champs-Élysées, que les frères Perret sont choisis. Leur devis, bien inférieur aux autres propositions (1,8 million de francs), séduit la paroisse malgré les réticences initiales face au béton, perçu comme un matériau ingrat. La première pierre est posée le 30 avril 1922, et l'édifice est consacré le 17 juin 1923 par Monseigneur Gibier, évêque de Versailles.
L'église se distingue par son plan basilical sans transept, imposé par l'étroitesse du terrain, et par ses innovations structurelles : voiles minces de béton de 3 cm d'épaisseur, colonnes élancées de 11 m de haut, et standardisation des éléments préfabriqués. Les vitraux, conçus par Marguerite Huré d'après des cartons de Maurice Denis, mêlent abstraction et figuration, tandis qu'Antoine Bourdelle réalise une pietà pour le tympan. Classée monument historique en 1966, elle devient un symbole de l'architecture moderne.
Dès les années 1960, le béton montre des signes de dégradation (excès d'eau de gâchage, chaux, armatures mal enrobées), nécessitant plusieurs campagnes de restauration. Les toitures sont refaites en 1988-1989, les façades entre 1992 et 1996, et le clocher, particulièrement fragile, fait l'objet de travaux récurrents, dont une nouvelle phase lancée en 2017. Les vitraux, en excellent état, sont restaurés par l'atelier Durand, tandis que l'orgue historique de John Abbey (1876), transféré de l'église Saint-Louis, est rénové en 2010.
L'église du Raincy inspire de nombreuses réalisations ultérieures, comme la chapelle de Tokyo (1937) ou l'église Saint-Joseph du Havre (1951). Son clocher, s'élevant à 43 mètres, s'inspire des gratte-ciels new-yorkais, tandis que son intérieur, baigné de lumière par les claustras, crée une atmosphère à la fois classique et révolutionnaire. Le Corbusier, bien que critique envers sa façade, reconnaît son importance dans l'histoire de l'architecture moderne.
Aujourd'hui, Notre-Dame du Raincy reste un lieu de culte actif et un monument emblématique, attirant visiteurs et chercheurs. Son histoire reflète les défis techniques, esthétiques et financiers de son époque, tout en incarnant l'audace des frères Perret, qui ont su transformer des contraintes en innovations durables. Son vitrail commémoratif, La Vierge aux Taxis, rappelle son ancrage dans l'histoire locale et nationale.