Origine et histoire
L’église Notre-Dame d’Armancourt, située dans l’Oise en région Hauts-de-France, est un édifice hybride construit entre le second quart du XVIe siècle et le début du XVIIe siècle. Son architecture mêle le style gothique flamboyant – visible dans les voûtes à ogives prismatiques, les piliers ondulés à huit renflements inspirés du chœur de Saint-Étienne de Beauvais, et les fenêtres à réseaux complexes – et des éléments Renaissance, comme le portail occidental ou les baies en plein cintre du chœur. La nef, inhabituellement édifiée avant le chœur, présente une dissymétrie marquée avec un unique collatéral sud et un transept débordant des deux côtés. La date de 1614, gravée sur une clé de voûte du collatéral, suggère une construction étalée dans le temps, peut-être due à des contraintes économiques, comme en témoigne l’absence de fenêtres dans certaines parties.
Dès le XIXe siècle, l’église souffre de dégradations structurelles, aggravées par des mouvements de terrain qui désarticulent voûtes et supports. Inscrite aux monuments historiques en 1949, elle est fermée au public en 1975 en raison d’un risque d’effondrement. Sauvée in extremis par le don d’un mécène en 1980, elle bénéficie alors d’une restauration complète, incluant l’installation d’un vitrail polychrome représentant la Nativité de Marie. Le mobilier, enrichi par des pièces baroques comme le retable provenant de l’abbaye de Royallieu (Compiègne), et une statue de Vierge à l’Enfant du XIVe siècle classée en 1913, reflète son histoire mouvementée. Aujourd’hui affiliée à la paroisse des Seize bienheureuses Carmélites de Compiègne, l’église séduit par son état de conservation et son site pittoresque, dominant le village depuis une butte à 117 m d’altitude.
La paroisse d’Armancourt, mentionnée pour la première fois en 1215 comme démembrement de celle de Jaux, dépendait sous l’Ancien Régime du diocèse de Beauvais et du collateur de l’abbaye Saint-Corneille de Compiègne. L’édifice actuel remplace une première église dont aucun vestige n’est visible, bien que Louis Graves évoque une possible construction en 1410, hypothèse non confirmée par les analyses architecturales. Les particularités du plan – nef large mais basse, transept asymétrique, chœur aveugle en partie – et la mixité des styles (ogives aiguës côtoyant des arcs en plein cintre) illustrent une transition entre deux époques artistiques, dans une région où la Renaissance s’impose progressivement après 1530. Les peintures murales baroques du XVIIe siècle, découvertes près du retable de la Vierge, et les fragments de vitraux du XVIe siècle (angelots, donatrice, blason) rappellent aussi son rôle central dans la vie religieuse locale.
L’extérieur, sobre, se distingue par son appareil en pierre de taille et sa silhouette caractéristique, avec un clocher en charpente ardosé typique des églises flamboyantes de l’Oise (comme à Chevrières ou Jaux). Les contreforts, tantôt à chaperon en bâtière tantôt à glacis, et l’absence de décoration – hormis le portail Renaissance aux niches latérales surmontées de coquilles Saint-Jacques – contrastent avec la richesse intérieure. La façade occidentale, divisée par un contrefort oblique, met en valeur ce portail, dont les têtes de chérubins ont été bûchées à la Révolution. Le cimetière entourant l’édifice, et les traces d’une ancienne source « miraculeuse » à proximité, évoquent son ancrage dans le paysage et la mémoire collective.
Le mobilier compte plusieurs pièces notables, dont un retable baroque du XVIIe siècle en provenance de l’abbaye de Royallieu, orné de cariatides et de miniatures peintes comme Les Disciples d’Emmaüs. Une statue de saint Jean-Baptiste, confondue avec saint Jean l’Évangéliste (portant un livre et un agneau au lieu d’un manteau de peau), et un Christ en croix suspendu sous le doubleau du transept, témoignent de la dévotion locale. Les vitraux, partiellement restaurés après 1980, incluent des fragments du XVIe siècle dans le tympan du croisillon nord, représentant un évêque, une religieuse et des motifs héraldiques. Enfin, un tableau naïf du XVIIIe siècle, offert par un certain Joseph Carluy, illustre les saints Roch, Claude et Sébastien, liant l’histoire de l’église à celle de ses donateurs et paroissiens.