Origine et histoire de l'Église Notre-Dame
L’église Notre-Dame de Bordeaux, initialement nommée Saint-Dominique, fut édifiée entre 1684 et 1707 dans un style baroque inspiré de l’église du Gesù à Rome. Sa construction fut motivée par la destruction du précédent couvent dominicain en 1678, ordonné par Louis XIV pour agrandir la forteresse du château Trompette. Les architectes Pierre Duplessy-Michel (remplacé à sa mort en 1693 par le père Jean Fontaine) et Mathieu Labat dirigèrent les travaux, tandis que la façade fut sculptée par Pierre Berquin et ses fils. L’orientation inhabituelle de l’église vers l’est s’explique par la proximité du couvent des Récollets.
Pendant la Révolution, l’édifice devint un Temple de la Raison (1793), puis fut dédié au culte de l’Être suprême sous Robespierre. Classée monument historique en 1908, l’église subit un effondrement partiel de ses voûtes entre 1971 et 1981, nécessitant une restauration complète en 1982. Cette rénovation révéla la pierre blonde originale et mit en valeur son acoustique exceptionnelle, faisant aujourd’hui de l’église un lieu prisé pour les concerts. Son orgue, construit par Godefroy Schmidt en 1785 (58 jeux, 4 238 tuyaux), est un joyau classé depuis 1971.
À l’intérieur, la nef de 60 mètres, ornée de voûtes en berceau et de vitraux, abrite des œuvres majeures : six tableaux du Frère André (1712–1735), des fresques de l’abside (1834) représentant la vie de la Vierge, et un maître-autel en marbre blanc et coloré (1751) signé Jean-Baptiste II Péru. Les grilles en fer forgé du chœur, réalisées par Jean Moreau en 1781, illustrent l’artisanat bordelais du XVIIIe siècle. La chapelle du Rosaire expose notamment une statue de la Vierge à l’Enfant et des scènes dominicaines, comme la bataille de Lépante.
La façade baroque, typique du style jésuite, présente une composition dynamique avec colonnes, pilastres et une frise décorée. Quatre statues des docteurs de l’Église (Ambroise, Augustin, Jérôme, Grégoire le Grand), ajoutées en 1865 par Edmond Prévot, complètent les niches initialement vides. Les médaillons représentent quatre papes dominicains, soulignant l’héritage spirituel du lieu. La cour Mably, dernier vestige du cloître d’origine (1684), abritait autrefois les Girondins pendant la Révolution et sert aujourd’hui de lieu culturel.
L’histoire de l’église reflète les bouleversements politiques et religieux de Bordeaux : de sa fondation dominicaine à sa transformation révolutionnaire, en passant par sa restauration moderne. Son architecture, mêlant rigueur classique et exubérance baroque, en fait un symbole du patrimoine bordelais, tandis que ses fonctions successives (culte, raison, concerts) témoignent de son ancrage dans la vie locale. Le buffet d’orgue, les peintures du Frère André et les sculptures de Berquin en font un musée à ciel ouvert.