Origine et histoire
L'église Notre-Dame de Gouberville, édifiée au XIIIe siècle, a subi de nombreux remaniements au fil des siècles. Elle se situe sur l'ancienne commune de Gouberville, aujourd'hui intégrée à Vicq-sur-Mer dans la Manche. L'édifice, sous le vocable de Notre-Dame, était initialement lié aux seigneurs locaux, comme Godefroy de Gouberville, mentionné dans le Livre noir (1251-1274) comme patron. Les revenus de la cure, incluant dîmes, terres et rentes, étaient substantiels pour l'époque, avec une valeur taxée à 54 livres.
Au XIVe siècle, le Livre blanc (1347-1370) cite Guillaume de Gouberville comme patron, tandis que les curés, comme Nichole de Gouberville (1360) ou Simon de Couvert (1407), se succèdent. La famille Picot, notamment Jehan Picot, seigneur de Russy, cumule les cures de Gouberville et d'autres paroisses, mais délègue souvent la gestion à des vicaires comme Jehan Michel. La Révolution marque un tournant : l'église est saccagée, l'argenterie confisquée, et la paroisse annexée à Néville. Les prêtres réfractaires, comme M. Lescellière, refusent le serment schismatique, tandis que des curés constitutionnels, comme Jacques François Boitel, sont imposés.
La restauration de l'église s'étale sur plusieurs siècles, avec des travaux majeurs menés par des curés comme Jean Deny (1683-1703), qui dirige la réfection du chœur, l'ajout d'une sacristie et la décoration de la nef. Son successeur, Nicolas Le Poittevin (1712-1770), poursuit les aménagements : reconstruction du presbytère, clôture du cimetière, et achèvement du clocher en 1780 par une coupole polygonale. Après les ravages révolutionnaires, l'église est rouverte au culte en 1803, avec des desservants comme François Mangon ou Jean-Baptiste Lebrettevilois, qui supervisent des embellissements au XIXe siècle, dont une tribune et un maître-autel sculpté.
Architecturalement, l'église conserve des éléments médiévaux, comme le pignon ouest et les fenêtres du chevet (XIIIe siècle), mais ses murs latéraux sont repercés au XIXe siècle. Le clocher, tour massive du XIIIe siècle, est surmonté d'une coupole en pierre ajoutée en 1780. La voûte du chœur, refaite en style gothique (1876-1877), et le mobilier (poutre de gloire, luminaire néogothique, fonts baptismaux du XVIe siècle) témoignent de son évolution. L'édifice, inscrit aux monuments historiques en 1975, incarne ainsi près de huit siècles d'histoire religieuse et locale.
Les archives révèlent une vie paroissiale active, rythmée par les dîmes, les messes et les conflits, comme la suppression de la cure sous la Terreur. Les curés, souvent issus de familles nobles (Picot, Le Poittevin), jouent un rôle central dans la gestion des biens et des travaux. Après la Révolution, la paroisse retrouve progressivement sa stabilité, avec des desservants comme M. Meslin (mort en 1863), qui œuvrent pour l'embellissement de l'édifice. Aujourd'hui, l'église reste un témoignage des transformations architecturales et sociales de la Normandie, de l'époque médiévale à l'ère moderne.