Origine et histoire de l'Église Notre-Dame
L'église Notre‑Dame de Guebwiller, située dans le Haut‑Rhin, est une ancienne collégiale abbatiale de style néo‑classique construite en grès rose. Elle figure parmi les plus imposantes constructions religieuses de la région et est classée au titre des monuments historiques depuis 1841. L'abbaye de Murbach, dont l'apogée remonte au XIIe siècle, possédait des biens de part et d'autre du Rhin et a fondé Lucerne en 1178. Au fil des siècles la communauté se réduit ; ses moines, issus de la noblesse locale, souhaitent quitter le vallon isolé de Murbach pour s'installer à Guebwiller, centre de leurs possessions en Haute‑Alsace. Après plusieurs décisions ecclésiastiques et royales, le transfert officiel de l'abbaye à Guebwiller est entériné par un bref pontifical en 1759, puis par des mesures de sécularisation et des lettres‑patentes de Louis XV en 1764‑1765. La construction d'une nouvelle église abbatiale est engagée sous l'impulsion du prince‑abbé de Rathsamhausen à partir de 1765. Jean Querret, auteur de récentes reconstructions d'abbatiales, recommande Louis Beuque pour la conception, mais le chantier est rapidement marqué par des conflits de direction et des critiques sur l'exécution des travaux. Après expertises et interventions de l'Académie royale d'architecture, Louis Beuque est écarté en 1768 et Gabriel Ignace Ritter prend alors la direction des travaux. Ceux‑ci reprennent en 1770 selon les plans initiaux : la charpente est posée en 1773, la façade couronnée en 1778 et, hormis les tours, le gros‑œuvre est achevé en 1779. De 1780 à 1783 la décoration et le mobilier sont réalisés dans un style mêlant classicisme français et baroque germanique ; Fidèle Sporer exécute notamment l'Assomption de la Vierge dans le chœur. L'église, devenue collégiale équestre et princière après la sécularisation, est consacrée solennellement en 1785. En 1792 elle devient église paroissiale de Guebwiller et, en 1803, une partie du mobilier de l'ancienne église Saint‑Léger y est transférée. La poursuite des travaux pour les tours est reprise au milieu du XIXe siècle : le projet de l'architecte Caillot est retenu et la construction de la tour nord, conduite par l'ingénieur François‑Jacques Grün, a lieu entre 1844 et 1846 ; la tour sud n'a pas été réalisée. L'édifice a fait l'objet de restaurations successives en 1805, 1885, 1915, 1935 et 1948. L'intérieur se distingue par une décoration stuquée abondante, l'Assomption du chœur qui culmine à dix‑sept mètres, de remarquables boiseries de Fidèle Sporer et plusieurs tableaux des XVIIIe et XIXe siècles. La tour abrite cinq cloches, dont la plus grande pèse plus de trois tonnes et dont deux datent de 1718. Le buffet de l'orgue a été installé en 1785 par le facteur Joseph Rabiny ; la partie instrumentale, reconstruite en 1908 par Charles Mutin, comprend 45 jeux. L'orgue a bénéficié de réparations à diverses époques mais se trouve aujourd'hui en très mauvais état et nécessite une restauration profonde ; en attendant, la paroisse a nommé un conservateur d'orgue, Thierry Mechler. Pour l'historien Franz Xaver Kraus, l'église de Guebwiller est l'une des meilleures œuvres d'architecture de style rococo.