Origine et histoire
L’église Notre-Dame de Kernascléden, initialement une chapelle dédiée à la Vierge, fut érigée au milieu du XVe siècle sous l’impulsion des vicomtes de Rohan et des ducs de Bretagne. Son chantier, débuté vers les années 1420 par Alain VIII de Rohan et Béatrix de Clisson, s’acheva en 1464 avec la pose des voûtes par les frères Le Bail. L’édifice, classé Monument Historique dès 1857, incarne l’apogée de l’art gothique flamboyant breton, alliant élégance architecturale et décors sculptés dans un granit rebelle. Ses vitraux, rosaces, et pinacles en font un modèle d’ornementation, tandis que son plan en croix latine, avec nef à bas-côté unique et chœur à collatéraux, révèle une conception audacieuse pour l’époque.
La chapelle doit sa renommée à ses peintures murales du XVe siècle, considérées comme l’un des ensembles les plus complets de la peinture française médiévale. Ces fresques, exécutées à la gomme, illustrent des scènes bibliques (Passion du Christ, Vie de la Vierge) et des thèmes eschatologiques (Danse macabre, Enfer), reflétant l’influence du prédicateur Vincent Ferrier. Les Anges musiciens du croisillon nord, datés des années 1430, témoignent d’une messe aragonaise, tandis que les 24 scènes de la voûte du chœur, d’inspiration apocryphe, révèlent un artiste maîtrisant perspective et narration. Le mobilier, incluant autels sculptés et statues (Vierge à l’Enfant, Pietà), ainsi que les 73 marques de tailleurs de pierre identiques dans nef et chœur, confirment l’unité du chantier, mené par un atelier itinérant ayant aussi œuvré à Quimperlé et Saint-Fiacre du Faouët.
L’histoire de l’édifice est marquée par des vicissitudes : effondrement partiel du clocher en 1876, restaurations successives (notamment par Édouard Corroyer), et redécouverte des peintures en 1923. D’abord trève de Saint-Caradec-Trégomel, Kernascléden devint paroisse autonome en 1908. Aujourd’hui, l’église, propriété communale, abrite aussi une colonie de chauves-souris dans ses combles, observables via une caméra thermique. Son pardon, autrefois célébré en septembre, attire désormais les pèlerins mi-août, perpétuant une tradition mariale remontant au Moyen Âge.
Le mécénat conjugué des Rohan (Alain IX, Jean II) et des ducs de Bretagne (Jean V, François II) transparaît dans l’héraldique des clés de voûte, où leurs armes côtoient celles de Louis II de Rohan-Guémené. La chapelle, construite en granit local malgré la difficulté de taille, se distingue par ses porches sculptés (porche des Dames au sud, porche des Hommes à l’est) et son clocher-mur, innovant pour l’époque. Les contreforts à pinacles, les balustrades ajourées, et les gargouilles animent une silhouette dynamique, tandis que l’intérieur, voûté de pierre, surprend par ses culs-de-lampe ornés et ses nervures retombant en pénétration directe sur les piliers cylindriques du chœur.
Les fresques du croisillon sud, bien que dégradées, offrent un contraste saisissant entre le Paradis des Anges musiciens et les tourments de l’Enfer, où démons et damnés illustrent les peurs médiévales. La Danse macabre, l’une des deux dernières de Bretagne, rappelle la fragilité humaine face à la mort, thème cher à la prédication de Vincent Ferrier. Ces peintures, restaurées au XXe siècle, côtoient un mobilier liturgique remarquable (autels à arcatures flamboyantes, statues en bois polychrome) et des vitraux aux réseaux complexes, où dominent les motifs en courbes et contre-courbes typiques du flamboyant. L’édifice, souvent comparé à Notre-Dame du Folgoët ou Saint-Fiacre du Faouët, reste un témoignage exceptionnel de l’art breton sous les ducs.
La légende locale raconte que des anges transportaient les outils entre les chantiers de Kernascléden et Saint-Fiacre, soulignant les liens entre ces deux joyaux distants de 15 km. Cette image poétique reflète la réalité historique : un même atelier, formé à Quimperlé, aurait travaillé sur les deux sites, adaptant son style aux évolutions du gothique flamboyant. Aujourd’hui, l’église, rattachée à la paroisse de Guémené-sur-Scorff, ambitionne de redevenir un sanctuaire marial majeur, comme au Moyen Âge, grâce à la nomination d’un prêtre dédié en 2022. Son comble, abritant 16 espèces de chauves-souris sur les 21 bretonnes, ajoute une dimension écologique à ce patrimoine historique et spirituel.
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