Origine et histoire de l'Église Notre-Dame-de-l'Assomption
L’église Notre-Dame-de-l’Assomption de Chantilly, située dans le département de l’Oise en région Hauts-de-France, fut construite entre 1687 et 1692 à l’initiative du prince Henri-Jules de Bourbon-Condé. Ce projet répondait au vœu testamentaire de son père, le Grand Condé, qui souhaitait offrir un lieu de culte aux habitants de Chantilly, alors en pleine expansion démographique due aux travaux du domaine princier. Les plans furent dessinés par l’architecte Jules Hardouin-Mansart, et l’édifice fut achevé en un temps record, reflétant le style classique sobre typique de l’époque.
L’église fut conçue pour pallier l’absence de lieu de culte accessible aux ouvriers et domestiques du château, contraints de se rendre à Saint-Léonard ou Gouvieux, paroisses éloignées. Le Grand Condé, conscient des difficultés logistiques et religieuses, avait envisagé dès 1684 la construction d’une chapelle. À sa mort en 1686, son fils Henri-Jules héritera de cette mission, financée par la fortune familiale. L’inspection de 1692 révèle une église spacieuse pour 500 à 600 personnes, bien que dépourvue de fonts baptismaux et de bénitier à son achèvement.
La fondation de la paroisse de Chantilly en 1692 marqua un tournant, avec son démembrement des paroisses voisines de Saint-Léonard et Gouvieux. Le curé, nommé par le prince, bénéficiait de revenus annuels fixés à 300 livres, tandis que la fabrique recevait une somme identique pour l’entretien. L’église fut consacrée le 31 mars 1692, date considérée comme celle de la fondation officielle de Chantilly. Les reliques des saints Hermès et Sigismond y furent placées, et des tableaux commandés à Louis de Boullogne vinrent orner les autels.
Entre 1724 et 1734, l’église fut agrandie pour répondre à la croissance démographique, passant de trois à quatre travées et voyant ses bas-côtés étendus. Cet agrandissement, ordonné par Louis IV Henri de Bourbon-Condé, porta la superficie de l’édifice à plus de 70 % de sa taille initiale. Le cimetière adjacent fut inauguré en 1736, tandis que l’église devint un lieu de célébrations princières lors des fêtes religieuses majeures.
La Révolution française marqua un tournant dramatique : en 1793, l’église fut transformée en temple de la Raison, ses objets sacrés brûlés ou volés, et les cœurs des princes de Condé, transférés depuis Paris en 1791, furent profanés. Le curé Robert, réfractaire à la constitution civile du clergé, fut déporté et mourut en 1809. Les cœurs, sauvés par un habitant, furent réinstallés dans l’église en 1814, avant d’être définitivement transférés dans la chapelle du château en 1883.
Au XIXe siècle, l’église retrouva sa vocation religieuse, avec des restaurations et l’ajout de monuments commémoratifs, comme celui dédié aux cœurs des Condé en 1854. L’orgue, installé en 1858 par Aristide Cavaillé-Coll, et les tableaux classés monuments historiques en 1912, témoignent de son riche patrimoine artistique. Aujourd’hui, l’église Notre-Dame-de-l’Assomption reste un édifice emblématique, classé monument historique en 1965, et un symbole de l’histoire religieuse et princière de Chantilly.