Origine et histoire de l'Église Notre-Dame-de-l'Assomption
L’église Notre‑Dame de l’Assomption est l’église paroissiale catholique de Chantilly (Oise) et la première église de la ville. Sa construction a été lancée en 1687 par le prince Henri‑Jules de Bourbon‑Condé, conformément au vœu inscrit dans le testament du Grand Condé, et les plans furent établis par Jules Hardouin‑Mansart ; l’édifice fut achevé au début de 1692 et consacré le 31 mars 1692. De style classique sobre, l’église se montra rapidement insuffisante pour la population croissante et fut agrandie entre 1724 et 1734, l’extension se faisant vers la façade et portant la surface à plus de 70 % de celle d’origine ; depuis cette campagne elle a peu évolué. L’édifice, unique dans l’Oise par la netteté de son parti classique, a été classé au titre des monuments historiques par arrêté du 30 septembre 1965. Les lettres de fondation de la paroisse datent de février 1692 et fixent notamment les modalités de nomination du curé et les revenus de la fabrique. Pour répondre aux besoins de la paroisse, le prince dota le curé et les desservants de diverses charges et institua un maître d’école chargé aussi du service de la sacristie.
Le contexte de fondation tient à l’accroissement de la population lié aux travaux et à l’activité du domaine princier, situation qui rendait l’accès aux lieux de culte existants difficile pour les habitants et le personnel du château. La réalisation du projet fut dirigée par l’architecte‑ingénieur Pierre Gitard et confiée à des entrepreneurs locaux, puis complétée par des menuiseries et sculptures adjudiquées à des artisans spécialisés. Après inspection et enquête diocésaine, la nouvelle paroisse fut détachée des territoires de Saint‑Léonard et de Gouvieux, des compensations financières furent prévues pour la cure et la fabrique de Saint‑Léonard, et des limites territoriales furent matérialisées par des bornes.
À l’intérieur, l’église présente un plan simple sans transept ni déambulatoire : un narthex flanqué de deux tourelles d’escalier précède un vaisseau central de quatre travées terminé par une abside en hémicycle, accompagné de deux bas‑côtés qui aboutissent aux chapelles de la Vierge et de saint Hubert. Deux pavillons carrés entre bas‑côtés et chœur abritent la base du clocher et la sacristie, et leur étage forme des tribunes destinées à la famille princière. L’élévation intérieure est généralement sur deux niveaux, avec grandes arcades en plein cintre et voûte en berceau pour le vaisseau central ; voûtes et fenêtres hautes sont séparées par un entablement très saillant qui supporte une coursière. Le décor architectural reste sobre : pilastres lisses, bases et impostes moulurées, et chapiteaux corinthiens dont la qualité sculptée est particulièrement remarquée. Les voûtes présentent des bandeaux ornés de cartouches à bas‑reliefs et des caissons, tandis que la décoration sculptée se limite pour l’essentiel à ces éléments et à quelques retables et ensembles du XIXe siècle.
L’architecture extérieure est également d’une grande sobriété ; la façade, traitée autour d’un narthex, s’orne d’un petit fronton en arc‑de‑cercle pour une horloge, de pilastres et d’un fronton triangulaire sculpté aux armes des Condé ; le tympan porte une inscription en latin rappelant la dédicace à la Vierge. Le clocher reste discret et peu saillant par rapport à la toiture du vaisseau central, et les travées latérales sont couvertes par des toits en pavillon.
Le mobilier conserve des éléments notables : l’orgue de tribune, issu d’un instrument d’origine Cliquot dégradé pendant la Révolution, fut remplacé au XIXe siècle par un orgue construit par John Abbey et installé par Aristide Cavaillé‑Coll, instrument qui a connu plusieurs réparations et une révision complète avant son classement en 1980. Cinq grands tableaux commandés à Louis de Boullogne pour le maître‑autel et les chapelles constituent le cœur de la peinture d’autel ; le grand retable du maître‑autel représente une Adoration des bergers et les cinq toiles ont été classées au titre des objets en 1912. D’autres peintures et copies d’œuvres célèbres occupent les murs du chœur et des bas‑côtés.
Parmi les monuments intérieurs figurent la chapelle des Âmes du purgatoire, conçue au XIXe siècle avec un retable peint par François‑Léon Benouville et Jules Lenepveu et associée au monument aux morts de la paroisse, ainsi que le monument néo‑baroque aux cœurs des princes de Condé, financé par le duc d’Aumale et inauguré en 1854, qui devint cénotaphe après le transfert des cœurs en 1883. Un petit mémorial rappelle enfin le chanoine Louis Charpentier, déporté et mort à Mauthausen pendant la Seconde Guerre mondiale.
L’histoire de l’église inclut des épisodes violents pendant la Révolution : transfert des cœurs des Condé en 1791, application de la Constitution civile du clergé et remplacement des desservants réfractaires, transformation en temple de la Raison en 1793 et profanations suivies de la mise à l’abri des urnes et des cœurs jusqu’à leur restitution au XIXe siècle. Malgré ces turbulences, l’édifice demeure un exemple notable d’architecture religieuse classique dans le département et conserve un ensemble cohérent tant sur le plan architectural que mobilier.