Origine et histoire de l'Église Notre-Dame-de-l'Assomption
L’église Notre-Dame-de-l’Assomption de Metz, située rue de la Chèvre, est un édifice catholique romain marqué par son héritage jésuite. Construite sur l’emplacement d’un ancien temple calviniste confisqué en 1642, sa première pierre est posée en 1665 sous l’impulsion de Claude de Bretagne, président du Parlement de Metz. Les travaux, interrompus par des contraintes financières et la guerre de Hollande (1676), ne reprennent qu’en 1735 pour s’achever en 1739, avec une consécration solennelle en 1741 par Mgr de Saint-Simon.
Le monument incarne la Contre-Réforme : les Jésuites, installés à Metz depuis 1622, y établissent leur collège et leur église, surnommée « Crève-Cœur » par les Réformés. En 1744, l’église accueille la reine Marie Leszczynska et le Dauphin pour une cérémonie où Louis XV est acclamé « Louis le Bien-Aimé ». Après la Révolution, elle devient un Temple Décadaire (1795) avant d’être rendue au culte catholique en 1802, puis restaurée en 1833 par l’architecte Pierre-François Gautiez.
Son architecture, inspirée du noviciat jésuite parisien, abrite un mobilier remarquable (confessionnaux du XVIIIe siècle, statuaire de Molknecht) et des vitraux de Laurent-Charles Maréchal (1841–1860), restaurés entre 2009 et 2014. L’orgue, logé dans un buffet de 1729, est un instrument Mutin-Cavaillé-Coll joué par des maîtres comme Widor ou Dupré. Classée Monument Historique en 1968, l’église reste un lieu culturel et spirituel majeur, lié à des figures comme Paul Verlaine, baptisé en 1844.
Le contexte messin est celui d’une ville frontalière, chef-lieu des Trois-Évêchés (Metz, Toul, Verdun) intégrés à la France en 1648. Sous Louis XIV, Metz est une place forte stratégique, dotée d’un parlement influent et d’une vie intellectuelle dynamique, entre tensions religieuses (fermeture du temple calviniste) et rayonnement artistique (influence de Poussin, Lully). L’église symbolise ainsi les luttes confessionnelles et le prestige monarchique.
Après la suppression des Jésuites (1762), les Bénédictins de Saint-Symphorien reprennent le collège jusqu’en 1794. Pendant la Révolution, l’édifice, rebaptisé Temple Décadaire, accueille les clubs jacobins (1 700 places). Au XIXe siècle, elle redevient paroissiale et s’enrichit de vitraux narratifs (cycles de la Vierge, de Pierre, et de l’Église), témoins des techniques verrières du siècle. Son orgue, classé en 1968 comme l’église, attire toujours concertistes et mélomanes.