Origine et histoire de l'Église Notre-Dame
L’église Notre‑Dame de La Ferté‑Milon, dans l’Aisne (Hauts‑de‑France), occupe le flanc du plateau qui portait le château‑fort et était d’abord appelée chapelle Fouquet. Cette construction primitive, plus réduite que l’édifice actuel, comportait des bas‑côtés reliés à la nef par de grands piliers carrés dont plusieurs, côté bas‑coté gauche, subsistent et témoignent de l’église première, probablement datable de la seconde moitié du XIIe siècle. En 1562, Catherine de Médicis, duchesse douairière de la forêt de Retz, relança des travaux de canalisation de l’Ourcq ; l’assèchement progressif des marais favorisa le développement de l’habitat le long de la rue de la Chaussée et suscita la demande d’un agrandissement de la chapelle. Pour répondre à ce besoin, elle fit adapter un chevet semi‑circulaire percé de cinq larges fenêtres, aménagement souvent attribué à Philibert Delorme. L’allongement de l’église nécessita la création d’une vaste assise, aménagée en chapelle sous le nouveau chœur en raison de la falaise d’un côté et de la forte déclivité du terrain de l’autre. Vue de l’extérieur, la hauteur du chevet est marquée par trois bandeaux moulurés ; le bandeau supérieur, orné de fleurons, porte la date 1563, visible depuis la montée pavée et abrupte de la rue des Rats. Les grandes baies du sanctuaire sont cloisonnées par des meneaux formant quatre baies jumelles.
L’église se situe dans la vieille ville, près du château ; l’accès se fait notamment par la rue des Rats ou par la rue Jules‑Girbes. Le mobilier classé en 1912 comprend notamment le buffet d’orgue en bois sculpté du XVIIIe siècle, provenant de l’abbaye de Coincy et offert aux bénédictins par le Dauphin, père de Louis XVI ; la ville de La Ferté‑Milon l’acquit le 2 juin 1792 auprès du district de Château‑Thierry pour 630 livres ; il comprend huit jeux, un clavier et un pédalier en tirasse fixe. Sont aussi classés un aigle‑lutrin en bois sculpté du XVIIIe, situé dans la chapelle de la Sainte‑Vierge ; une statue en bois de saint Bruno, datée de la fin du XVIIe et placée au‑dessus de l’aigle, probablement issue de la chartreuse de Bourgfontaine ; une Visitation en bois polychrome du XVIe, installée dans le bas‑côté sud dans un ancien lavabo sous le vitrail des Litanies ; et un lustre en bronze doré et cristal de roche, au centre de la nef, daté de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Parmi les autres éléments du mobilier figurent, dans la nef à gauche, deux statues en bois représentant la Vierge à l’Enfant, et un confessionnal néo‑gothique provenant de l’ancienne chartreuse de Bourgfontaine, intégré à l’église après la saisie du mobilier pendant la Révolution.
L’église possède quatorze verrières classées, du XIIIe au XVIe siècle : la plus ancienne, dans le bas‑côté nord, représente saint Denis et saint Waast en deux panneaux du début du XIIIe siècle et porte au sommet le blason de la ville, sa plus vieille représentation connue. Près de l’autel du Sacré‑Cœur figure la légende de saint Hubert ; dans le bas‑côté sud, la verrière des Litanies se distingue par ses riches détails et sa symbolique. Dix médaillons du XVIe siècle sont dispersés sur plusieurs verrières. Le vitrail de la Passion, dans la chapelle de la Sainte‑Vierge, porte la légende selon laquelle Jeanne de Rubenpré, dame de Bonneval, en fit don en 1528, texte dont la restitution est due à l’abbé Lecomte. La rosace au‑dessus de la tribune de l’orgue et trois baies romanes de la façade Ouest, donnant sur l’ancienne sacristie des enfants de chœur, ont été restaurées en 2014.
Le clocher abrite un ensemble campanaire de six cloches : les plus anciennes, datées de 1614, sont fixes et ne servent qu’à la sonnerie des quarts d’heure de l’horloge ; elles se trouvent au sommet des deux baies nord, au‑dessus des abat‑sons, et sont visibles depuis la rue. Les quatre autres cloches sont montées dans un beffroi important, en partie d’origine (XVIe siècle), formant deux chambres à deux travées et sonnant à la volée grâce à un moteur électrique ; la sonnerie fut totalement électrifiée en 1974. La tour conserve une horloge mécanique de 1866, issue des ateliers de l’horloger Renard à Ferrières (actuelle entreprise Huchez) : elle sonne les quarts d’heure sur les deux petites cloches et les cloches de 1614, et les heures sur la plus grosse cloche d’environ 600 kg. Immobile depuis au moins 1968, cette horloge a été restaurée et remise en service en juin 2019 par l’association Murs, Remparts et Patrimoine Milonais.