Origine et histoire de l'Église Notre-Dame
L'église Notre-Dame de Louviers, située dans l'Eure en Normandie, est un édifice gothique dont la construction débuta en 1197 sous l'impulsion de l'archevêque de Rouen, Gautier de Coutances, après un échange territorial avec Richard Cœur de Lion. Ce dernier céda Louviers contre Les Andelys pour y ériger Château-Gaillard, plaçant ainsi la ville sous l'autorité des archevêques jusqu'à la Révolution. La nef, initialement prévue avec un vaisseau central de sept travées et des bas-côtés, fut surélevée de 2,60 m au XIIIe siècle, modifiant le projet initial et imposant des adaptations structurelles comme le rehaussement des arcs-boutants. Les fenêtres hautes, de styles variés, reflètent cette évolution, avec des éléments datant du début du XIIIe siècle à l'ouest et des formes plus tardives à l'est.
La tour de la croisée, achevée en 1240, perdit sa flèche en bois lors d'un incendie allumé par les Anglais en 1346 pendant la guerre de Cent Ans. La ville, pillée à plusieurs reprises (1346, 1356, 1418, 1431), ne se releva qu'après 1453, permettant la reprise des travaux dès 1460. La nef fut alors élargie à cinq vaisseaux, et des chapelles latérales furent ajoutées, financées par des familles nobles et des corporations. Le porche sud, de style gothique flamboyant, réalisé à partir de 1506 grâce à Guillaume Le Roux, symbolise la prospérité retrouvée de Louviers. La tour-lanterne et le chevet furent remaniés après 1580, tandis que la flèche reconstruite après 1379 fut détruite par une tempête en 1705.
L'église échappa aux dégâts de la Révolution, mais subit des restaurations majeures entre 1826 et 1853 (façade sud, chevet) sous la direction d'Étienne Bourguignon, puis à partir de 1863 pour les parties hautes. Classée monument historique dès 1846, elle fut endommagée lors des bombardements de la Seconde Guerre mondiale, nécessitant de nouvelles interventions. Son mobilier inclut des statues du XVIe siècle issues de la chartreuse de Gaillon, un gisant du XVe siècle (Robert d'Acquigny), et des toiles de Jean Nicolle. Les 11 verrières (1490–1530), œuvres d'Arnoult de Nimègue et des Leprince, classées en 1846, illustrent l'âge d'or de la ville, préservées malgré les guerres de Religion grâce à l'accueil du parlement de Normandie en 1562.
Les vitraux, partiellement détruits par une tempête en 1841, furent restaurés au XIXe siècle par Maurice Muraire (1902–1904) et complétés par des créations d'Antoine Lusson, Duhamel-Marette, ou l'atelier Lobin. La Seconde Guerre mondiale entraîna la perte de verrières du XIXe siècle, remplacées dans les années 1950 par Jean Barillet. Aujourd'hui, l'église allie éléments médiévaux (tour-lanterne, nef surélevée) et ajouts Renaissance (porche sud), témoignant de sept siècles d'histoire architecturale et religieuse normande.