Origine et histoire de l'Église Notre-Dame
L'église Notre‑Dame de Reinacker est un monument historique situé au lieu‑dit Reinacker, rattaché au village de Reutenbourg, dans le Bas‑Rhin, en Alsace. Citée pour la première fois en 1367, elle remonte vraisemblablement à la fin du XIIIe ou au début du XIVe siècle, ce dont témoignent des éléments architecturaux conservés, notamment des colonnes sur le revers du portail et sans doute les murs latéraux de la nef avec leurs baies. Une inscription gravée sur le portail occidental indique que, à partir de 1410, la nef fut précédée d’une tour occidentale et couverte d’une voûte par le maître d’œuvre Ludeman Gilge, dont la marque se retrouve sur la colonne nord‑est de la croisée ; il était aussi administrateur du pèlerinage. Une autre inscription sur les corniches nord et sud atteste que le chœur fut élevé entre 1423 et 1435, et de nombreuses marques de tâcherons subsistent sur les colonnes de la nef, du transept et du chœur. Les armoiries des seigneurs d’Ochsenstein figurent sur la clé de voûte du transept, et Gilge, mort en 1446, n’eut pas le temps d’achever la tour de croisée, qui ne fut terminée qu’en 1693 grâce à l’abbé de Marmoutier Grégoire. Au XVIIIe siècle, la tour de façade reçut une statue de la Vierge, remplacée en 1827 avec les armoiries de l’abbé Placide Schweighaeuser. Acquise pendant la Révolution par un habitant de Reutenbourg, la chapelle conserva son pèlerinage, autorisé par le préfet en 1813 ; elle fut rachetée en 1827 par l’abbé Fritsch pour y installer une congrégation et, plus tard, les sœurs adoptèrent la règle de saint François. Dès 1807 un bâtiment avait été élevé au sud de la chapelle ; ses étages furent reconstruits à la fin du XIXe siècle et un passage‑aumônerie fut construit en 1843 en réutilisant des pierres de deux petites chapelles médiévales détruites, dont des têtes sculptées remployées en façade. Un vaste bâtiment conventuel à toit brisé et des dépendances furent ajoutés en 1889‑1890 puis rénovés au XXe siècle. L’édifice fait l’objet d’une inscription à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques depuis 1935.
Sur le plan architectural, la nef est un espace quadrangulaire de 9 m de large sur 14,90 m de long, de type halle avec trois vaisseaux d’égale hauteur et incorporant le transept comme travée la plus orientale. Le chœur, construit entre 1423 et 1435, comprend deux travées inégales suivies d’un chevet à cinq pans formant un nonagone, disposition signalée comme unique dans la région ; il est implanté légèrement en retrait par rapport à la nef, mais son emprise dépasse l’axe médian des collatéraux. De grandes fenêtres occupent une grande partie des murs de chaque travée ; celles de l’abside et de la travée orientale étaient à l’origine plus hautes, leur tiers inférieur ayant été muré ultérieurement. Les baies, généralement décomposées en deux lancettes, présentent un décorum soigné : moulures complexes, baguettes à chapiteaux proches de ceux du deuxième niveau de la façade de la cathédrale de Strasbourg et réseaux ornés de cercles à trilobe inscrit, de mouchettes et de triangles curvilignes. La fenêtre du mur sud de la travée orientale se distingue par ses trois lancettes, sa plus grande hauteur et largeur et des voussures ornées de visages.
Parmi les éléments remarquables figurent le chevet, le maître‑autel daté de 1902, une Vierge à l’Enfant des XVe‑XVIe siècles, une Vierge de pitié datée 1443, la galerie de tribune et des détails sculptés sur des chapiteaux datés du XIIIe au XVe siècle.