Origine et histoire de l'Église Notre-Dame
L'église Notre-Dame de Saint-Lô est un édifice catholique gothique dont la construction s'étala du XIIIe au XVIIe siècle, principalement entre 1297 et 1497. Située dans l’Enclos de Saint-Lô (Manche, Normandie), elle fut initialement la paroisse du château épiscopal, liée à l’évêque de Coutances. Son développement fut soutenu par les bourgeois locaux, actifs dans le commerce (foires, draperies) et le pèlerinage à Notre-Dame du Pilier, ainsi que par l’évêque Geoffroy Herbert (1479–1510), qui finança une partie des travaux et embellit le chœur à double déambulatoire.
L’église subit peu de dégradations avant le XXe siècle, à l’exception des pillages huguenots en 1562 (sculptures de la façade burinées) et de la déchristianisation révolutionnaire. Son destin bascula lors de la bataille de Normandie (1944) : le 18 juillet, les combats de la Libération détruisirent 50 % de l’édifice, dont la nef, la couverture, et la façade ouest (effondrée après le bombardement allemand de la tour nord). Seuls le chœur, les bas-côtés et la tour sud (sans sa flèche) restèrent debout.
La restauration (1944–1974) fut marquée par un conflit entre deux visions. Louis Barbier proposa d’abord une reconstruction à l’identique de la façade, en réutilisant les pierres originales. Mais Yves-Marie Froidevaux, son successeur, imposa en 1953 de conserver la ruine comme mémorial contre la guerre, malgré l’opposition locale. Un mur pignon en schiste vert du Cotentin, achevé en 1972, « cicatrisa » l’édifice, tandis que trois portes en bronze adoucirent son austérité. L’église fut redédiée en 1974 pour le 30e anniversaire de la Libération.
L’intérieur, restauré avec soin, abrite des vitraux des XVe–XVIe siècles (classés en 1840), sauvés des bombardements, ainsi qu’une statue reconstruite de Notre-Dame du Pilier, détruite en 1944. Le bourdon en bronze (1732), fêlé après sa chute pendant l’incendie, témoigne aussi des dommages subis. L’absence de transept et le style purement gothique (sans trace Renaissance) caractérisent l’édifice, dont les flèches des tours (1630 et 1684) lui donnaient autrefois un « faux air de cathédrale », source de fierté locale.
Classée monument historique dès 1840, l’église est aujourd’hui un symbole de la destruction et de la résilience de Saint-Lô, surnommée la « capitale des ruines » après 1944. La façade ruinée, conservée comme mémorial, rappelle les ravages de la Seconde Guerre mondiale, tandis que l’orgue néoclassique (1968) et les vitraux anciens perpétuent son héritage artistique et religieux.
Parmi les éléments remarquables, on note une chaire extérieure gothique (XVe siècle), décrite par Victor Hugo, utilisée pour haranguer les foules, et des culs-de-lampe flamboyants représentant des scènes pittoresques (comme une femme giflant son mari). Les comptes de la fabrique suggèrent que les derniers travaux du vaisseau se prolongèrent au-delà de 1500, achevés sous l’impulsion des bourgeois et de l’évêque Herbert.