Origine et histoire de l'Église Notre-Dame
L'église Notre-Dame de Saint-Saturnin, édifiée au IIIe quart du XIIe siècle, est un chef-d'œuvre de l'art roman auvergnat. Elle se distingue comme la plus petite et la plus tardive des cinq « églises majeures » de Basse-Auvergne, aux côtés de Notre-Dame-du-Port (Clermont-Ferrand) ou Saint-Austremoine (Issoire). Son architecture, marquée par un chevet à étagement de volumes croissants (absidioles, déambulatoire, chœur, massif barlong et clocher octogonal), illustre la maîtrise des bâtisseurs romans. La sobriété de sa décoration extérieure, où le basalte noir crée une polychromie discrète, contraste avec le faste d’Issoire, tout en soulignant son élégance structurelle.
Classée monument historique dès 1862, l’église a subi des altérations limitées jusqu’à la Révolution française, qui vit la destruction de sa flèche de clocher. Celle-ci fut reconstruite à l’identique en 1850 par l’architecte Aymon Mallay, préservant ainsi son profil d’origine. Le mobilier intérieur, comme le maître-autel aux initiales « H » et « M » couronnées (attribuées à Henri IV et Marie de Médicis), ou le tabernacle Renaissance classé en 1875, témoigne de son histoire post-médiévale. Les fresques du XVe siècle, la dalle funéraire du prieur Bertrand (XIIe siècle), et un orgue du XIXe siècle complètent ce patrimoine mobilier exceptionnel.
L’intérieur, dépourvu de polychromie contrairement à Issoire, révèle une nef aux collatéraux étroits, séparés par des piliers à chapiteaux historiés. Le chœur, voûté en cul-de-four, est ceint de colonnes aux chapiteaux végétaux, supportant des arcs surhaussés. Le chevet extérieur, orné de rosaces polychromes et de modillons à copeaux, incarne l’harmonie entre austérité et raffinement. Les modifications controversées des années 1990, visant à restaurer une hypothétique « pureté romane », rappellent les enjeux contemporains de préservation du patrimoine.
Le site conserve aussi des vestiges du prieuré médiéval, dont la salle capitulaire, partiellement détruite après la Révolution. Les sculptures classées, comme une Vierge à l’Enfant du XIIe siècle ou une Pietà du XVIe siècle, renforcent son statut de lieu de mémoire. L’église, propriété communale, reste un symbole de l’identité religieuse et architecturale de l’Auvergne, entre héritage roman et adaptations postérieures.