Frise chronologique
vers 1080
Construction du portail roman
Construction du portail roman
vers 1080 (≈ 1080)
Seul vestige de la première église.
1230–1240
Chœur gothique rayonnant
Chœur gothique rayonnant
1230–1240 (≈ 1235)
Remplage innovant inspiré de Reims.
XIIe siècle (1ère moitié)
Édification de la nef romane
Édification de la nef romane
XIIe siècle (1ère moitié) (≈ 1250)
Murs conservés malgré transformations ultérieures.
1270–1280
Voûtement gothique de la nef
Voûtement gothique de la nef
1270–1280 (≈ 1275)
Ajout de colonnettes et ogives.
XIVe siècle
Voûtement des bas-côtés
Voûtement des bas-côtés
XIVe siècle (≈ 1450)
Fenêtres sud à remplage gothique.
1789
Reconstruction du clocher
Reconstruction du clocher
1789 (≈ 1789)
Style classique remplaçant l’ancien clocher roman.
22 juillet 1914
Classement monument historique
Classement monument historique
22 juillet 1914 (≈ 1914)
Protection de l’édifice en totalité.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Eglise : classement par arrêté du 22 juillet 1914
Personnages clés
| Eudes II - Évêque de Senlis (XIe siècle) |
Donne le patronage de la cure au chapitre. |
| Maryse Bideault et Claudine Lautier - Historiens de l’art |
Auteures d’une étude sur l’église (1987). |
| Jacques Téaldi - Archéologue |
Analyse les campagnes de construction (1998). |
| Pierre-Jean Trombetta - Historien de l’architecture |
Étudie le diocèse de Senlis (1973). |
Origine et histoire
L’église Notre-Dame de Trumilly, située dans l’Oise (Hauts-de-France), est un édifice composite marquant près de sept siècles d’histoire architecturale. Son portail occidental, seul vestige de la première église romane du village, date de la fin du XIe siècle (vers 1080). Ce portail, orné d’archivoltes à bâtons brisés et pointes-de-diamant, témoigne d’une influence régionale précoce. L’église actuelle résulte principalement de la transformation gothique d’un second édifice roman construit au XIIe siècle, dont subsistent les murs de la nef et des bas-côtés.
Vers 1230–1240, un chœur gothique rayonnant est érigé, caractérisé par un remplage innovant (lancettes à chapiteaux, oculi hexalobés) inspiré des cathédrales de Reims et Paris. Sa qualité exceptionnelle pour une église rurale, avec des colonnettes élancées et des chapiteaux à feuillages, en fait un chef-d’œuvre du style. Peu après, le croisillon sud est reconstruit dans le même esprit, suivi du voûtement gothique de la nef (vers 1270–1280) et des bas-côtés (XIVe siècle). Ces campagnes successives, au nombre de six, créent un ensemble harmonieux malgré leur diversité.
Le clocher, initialement roman, s’effondre probablement au XVIIIe siècle et est remplacé en 1789 par une structure classique aux allures rustiques, marquant la dernière grande intervention avant la Révolution. Contrairement à beaucoup d’églises, Notre-Dame de Trumilly échappe aux restaurations lourdes jusqu’au XXe siècle, préservant son authenticité. Classée monument historique en 1914, elle abrite un mobilier remarquable : fonts baptismaux du XIIIe siècle, gisant médiéval, et fragments de retable Renaissance. Son histoire reflète aussi les liens avec le chapitre de Senlis, détenteur de la seigneurie et du patronage de la cure depuis le XIe siècle.
L’intérieur révèle des contrastes saisissants : la nef, sombre et dépouillée, contraste avec le chœur baigné de lumière grâce à ses sept fenêtres au remplage sophistiqué. Les bas-côtés, voûtés d’ogives au XIVe siècle, conservent des arcatures aveugles et un enfeu médiéval. Le transept, marqué par la croisée classique de 1789, intègre des traces de peintures murales (scènes de la Passion) et des arcatures romanes dans le croisillon nord. L’absence de formerets, sauf dans le chœur, souligne une économie de moyens typique des églises rurales.
L’analyse architecturale révèle des influences variées : le portail roman aurait inspiré celui de Saint-Vaast-de-Longmont, tandis que le chœur montre des affinités avec les chantiers parisiens, sans pour autant être attribué à un maître d’œuvre urbain. Les débats entre historiens (Téaldi, Bideault, Trombetta) portent sur la datation précise des campagnes, notamment le voûtement de la nef, dont le profil des ogives évoque parfois le XIVe siècle. Malgré ces incertitudes, l’église reste un témoignage rare de l’évolution stylistique in situ, du roman au classique.
Aujourd’hui affiliée à la paroisse Saint-Sébastien de Crépy-en-Valois, l’église Notre-Dame de Trumilly incarne la persistance d’un patrimoine rural préservé. Son état de conservation exceptionnel, couplé à la richesse de son mobilier (dalle funéraire, banc d’œuvre flamboyant), en fait un lieu clé pour comprendre l’art sacré en Valois. Son classement précoce (1914) et l’absence de restaurations majeures avant les années 1920–1940 renforcent sa valeur documentaire, offrant un voyage dans le temps depuis l’an mil jusqu’à la veille de la Révolution.