Origine et histoire de l'Église Notre-Dame-des-Anges
L'église Notre-Dame-des-Anges de Collioure se dresse sur les récifs fermant la passe du port, dans les Pyrénées-Orientales (Occitanie). Sa construction entre 1684 et 1691 réutilise comme clocher l'ancienne tour-fanal du XIIIe siècle, un phare médiéval désaffecté après la réorganisation du port par Vauban. Ce dernier, préférant développer Port-Vendres, autorisa en 1673 la destruction de l'église paroissiale médiévale située sur les hauteurs pour aménager le glacis du château, offrant en compensation le terrain près du phare.
La première pierre fut bénie en 1684 par l'abbé de Saint-Amand, mais les travaux ne débutèrent qu'en 1687 sous la direction de l'architecte Pierre Aloau et du maçon Étienne Ramona. L'édifice, inspiré des églises gothiques méridionales, fut achevé en 1691 avec une nef unique et des chapelles latérales. Le clocher, ancien phare transformé, fut coiffé d'une coupole toscane en 1809. Classée Monument Historique en 1923, l'église abrite un trésor artistique incluant retables baroques, statues et reliquaires des XVIIe et XVIIIe siècles.
Le retable du maître-autel, chef-d'œuvre de Joseph Sunyer (1698-1702), illustre l'Assomption de la Vierge dans un triptyque monumental. Sunyer, formé à Perpignan, sculpta également le retable du Saint-Sacrement (1700) et celui du Christ (1708), tandis que Louis Baixas réalisa ceux de saint Vincent (1714) et saint Éloi (1716). Les chapelles latérales, dédiées à des saints locaux comme Vincent de Collioure, conservent des retables richement ornés de statues et de scènes bibliques, reflétant la dévotion catalane.
L'église intègre des éléments civils insolites, comme des latrines publiques du XVIIIe siècle en forme de fortification, construites en 1725. Son clocher, entouré par la mer sur trois côtés, symbolise le lien entre la foi et l'histoire maritime de Collioure. Les restaurations successives ont préservé son mobilier liturgique, dont un meuble Louis XIII, des peintures du XVe siècle et un reliquaire du XVIe, témoignant de sept siècles d'histoire religieuse et portuaire.
Le trésor de l'église comprend des œuvres d'orfèvrerie, comme le reliquaire de la Vraie Croix, ainsi que des bustes de saints locaux (Vincent, Maxime, Libérate) ramenés de Rome en 1700. Les peintures murales de la chapelle Notre-Dame-de-Lourdes (1875) et les retables des XVIIe et XVIIIe siècles illustrent l'évolution artistique et dévotionnelle de la région, entre influences toscanes et tradition catalane.