Origine et histoire de l'Église Notre-Dame-du-Lac du Thor
L'église Notre-Dame-du-Lac, édifiée à la fin du XIIe siècle au Thor (Vaucluse), est un chef-d'œuvre de l'art roman provençal, marqué par une forte inspiration antique. Classée monument historique dès 1840 parmi les 934 premiers sites protégés en France, elle se distingue par son porche méridional évoquant un arc de triomphe, ses chapiteaux sculptés (palmettes, aigles, visages humains) et son chevet heptagonal rythmé par des pilastres cannelés. Son clocher, inachevé pendant des siècles en raison de problèmes de financement, fut finalement doté d'un lanternon en 1834 et réparé dans les années 1830-1840, restant disproportionné par rapport à l'édifice.
La légende attribue son nom à une statue de la Vierge miraculeusement découverte dans un étang par un taureau. Sous la gouvernance de l'abbaye Saint-André de Villeneuve-lès-Avignon, l'église abritait quatre confréries (Saint-Esprit, Saint-Sacrement, Notre-Dame-du-Scapulaire, Sainte-Anne), offrant aux membres le privilège d'être enterrés sous la nef — 80 personnes y reposèrent avant que le sol ne soit bétonné. L'intérieur, d'une hauteur de 16 mètres, surprend par ses dimensions (35 m de long) pour une église de village, mêlant nef romane voûtée d'ogives et chœur élégant aux colonnes hexagonales et cylindriques alternées.
L'église fut victime d'un vol spectaculaire en 1994 : onze statues en bois doré des XVIIe et XVIIIe siècles (dont une Vierge à l'Enfant et saint Roch) disparurent sans effraction, probablement volées par des complices enfermés à l'intérieur. Cinq d'entre elles (saint Marc, saint Jean-Baptiste, sainte Barbe, sainte Catherine de Sienne, saint Dominique) furent retrouvées en Italie entre 1999 et 2001, restaurées et réinstallées en 2013 avec un système de sécurité. Une des statues, vendue 50 000 euros à un collectionneur via un antiquaire napolitain, illustre l'ampleur du trafic d'art sacré.
Le site compte 3 500 marques lapidaires — un record en Provence —, gravées sur les pierres intérieures et extérieures, témoignant de l'activité des tâcherons médiévaux. La croisée, dépourvue de transept, est surmontée d'une coupole ornée d'un rare tétramorphe (symboles des quatre évangélistes) et éclairée par un oculus. À l'ouest, une tribune réservée aux hommes (démontée en 1950) surplombait la nef, dont les murs asymétriques (baies au sud, mur aveugle au nord) reflètent des adaptations liturgiques.
Classée dès 1840, l'église bénéficia d'une valorisation récente : en 2018, l'association Les amis de Notre-Dame du Lac fut créée pour promouvoir ce patrimoine, suivie en 2019 par un spectacle son et lumière projeté sur sa façade nord. Son architecture, combinant réminiscences antiques (frises de grecques, chapiteaux à acanthe), innovations gothiques (croisées d'ogives) et éléments néo-romans (clocher achevé tardivement), en fait un témoignage exceptionnel des transitions stylistiques en Provence.