Origine et histoire
L’église Notre-Dame du Mont-Carmel, dite des Grands-Carmes, est située dans le 2e arrondissement de Marseille, sur la butte des Carmes, un site occupé depuis le VIe siècle av. J.-C. Cette colline, intégrée aux remparts hellénistiques (200–49 av. J.-C.), fut aussi le théâtre de l’assaut des troupes de Jules César. Les fouilles menées entre 1981 et 1985 ont confirmé cette occupation ancienne, révélant des traces d’une présence humaine bien avant la fondation de Massalia.
L’ordre des Carmes, premier des quatre ordres mendiants à s’implanter à Marseille, s’installe d’abord aux Aygalades vers 1238, dans des grottes ermitiques, avant de fonder un couvent inachevé. En 1285, ils obtiennent l’autorisation de s’établir intra-muros, sur l’actuelle butte des Carmes, proche des populations à évangéliser. La construction du couvent et de son église, financée en partie par un legs de Guillaume André en 1361, est reconstruite au XVIIe siècle en raison de son état de délabrement. La première pierre est posée en 1603 par l’évêque Frédéric Ragueneau, et le presbytère est achevé en 1619.
Au XVIIe siècle, l’église devient un lieu de dévotion mariale intense, notamment lors de l’épidémie de peste qui frappe la Provence. En 1629, les consuls de Marseille offrent aux Carmes une lampe d’argent pour brûler devant la statue de la Vierge, s’engageant à financer annuellement l’huile nécessaire. Le clocher, dont la première pierre est posée en 1640, est financé par la confrérie de Notre-Dame du Saint-Sépulcre et le baron Jehan de Marelhan, qui y édifie son tombeau. En 1655, une statue d’argent de la Vierge, considérée comme un chef-d’œuvre, orne l’église.
La Révolution française marque un tournant dramatique pour le couvent. Fermé en 1790, ses religieux sont expulsés, et le père Rolland, ancien prieur, est pendu avec trois compagnons en février 1790. L’église, épargnée par les habitants du quartier, est transformée en temple décadi sous le nom de Saint-Étienne, puis de Saint-Lazare en 1800, avant de retrouver son vocable originel en 1802. Les cloches, la lampe et la statue d’argent sont fondues, tandis qu’une inscription commémore le bataillon des Marseillais de 1792.
Au XIXe siècle, le curé Louis Decanis, nommé en 1862, entreprend une restauration ambitieuse de l’église, commanditant des statues de plâtre aux ateliers de Louvain et de Munich, ainsi qu’un tombeau du Saint-Sépulcre taillé par la maison Virebent de Toulouse. En 1870, pour éviter la réquisition des cloches, il offre une mitrailleuse financée par les paroissiens. Après sa mort en 1882, un effondrement partiel du dôme et du clocher en 1897 conduit à leur réduction, le sanctuaire étant masqué par un mur.
L’intérieur de l’église, d’une nef unique voûtée en plein cintre, abrite dix chapelles latérales richement décorées. Le maître-autel en bois doré, sculpté en 1733 par Antoine Duparc et Jean Gottlieb Courlaffski, est surmonté d’un ciborium installé en 1874. Les boiseries du XVIIIe siècle, œuvres d’Albert Duparc, encadraient autrefois huit toiles de Michel Serre représentant la vie de la Vierge, dont quatre subsistent après les bombardements de 1944. La chaire, attribuée à l’école de Puget, célèbre le prophète Élie, fondateur mythique de l’ordre des Carmes.
Classée monument historique en 1983 pour son intérieur et inscrite pour ses façades, l’église conserve aussi un buffet d’orgue de 1640, attribué à la famille Eustache, aujourd’hui vide. Avant 1776, elle abritait les sépultures de familles nobles comme les Lenche ou Valbelle, disparues pendant la Révolution. Le lieu reste un centre de dévotion populaire, notamment pour les corporations comme les bergers, les passementiers ou les tonneliers, qui y célébraient leurs fêtes patronales jusqu’au XIXe siècle.