Frise chronologique
Ve siècle
Fondation de l’oratoire
Fondation de l’oratoire
Ve siècle (≈ 550)
Édification après découverte des reliques de saint Eugène.
850
Transfert des reliques
Transfert des reliques
850 (≈ 850)
Départ pour Saint-Denis, déclin temporaire de Deuil.
1066
Donation à Saint-Florent
Donation à Saint-Florent
1066 (≈ 1066)
Hervé de Montmorency offre l’église à l’abbaye.
Vers 1220
Chœur gothique
Chœur gothique
Vers 1220 (≈ 1220)
Remplacement de l’abside romane par un déambulatoire.
XIe–XIIe siècles
Construction romane
Construction romane
XIe–XIIe siècles (≈ 1250)
Nef et transept édifiés, chapiteaux historiés ajoutés.
XVe siècle
Rénovations gothiques
Rénovations gothiques
XVe siècle (≈ 1550)
Voûtement de la croisée, réparations post-guerre de Cent Ans.
1749
Prolongement de la nef
Prolongement de la nef
1749 (≈ 1749)
Ajout d’une travée et agrandissement des fenêtres.
1862
Premier classement MH
Premier classement MH
1862 (≈ 1862)
Protection comme monument historique, restaurations controversées.
1944
Destruction partielle
Destruction partielle
1944 (≈ 1944)
Chute d’un V2, reconstruction par Robert Camelot.
1962
Reclassement MH
Reclassement MH
1962 (≈ 1962)
Protection définitive après reconstruction fidèle.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Eglise prieurale et paroissiale de Saint-Eugène (cad. C 652) : classement par arrêté du 4 octobre 1962
Personnages clés
| Saint Eugène - Martyr et patron |
Reliques fondatrices du pèlerinage et de l’église. |
| Hervé de Montmorency - Seigneur donateur |
Offre l’église à Saint-Florent de Saumur en 1066. |
| Bouchard IV de Montmorency - Bienfaiteur du prieuré |
Finance l’achèvement de l’église romane. |
| Pierre Abélard - Philosophe et théologien |
Séjourne au prieuré vers 1119–1121. |
| Eudes de Deuil - Prieur puis abbé |
Devenu abbé de Saint-Denis après Suger. |
| Robert Camelot - Architecte en chef |
Reconstruit l’église après 1944 en préservant son authenticité. |
Origine et histoire
L’église Notre-Dame-et-Saint-Eugène de Deuil-la-Barre trouve ses origines à l’époque mérovingienne, liée aux reliques de saint Eugène, compagnon de saint Denis et martyr du IIIe siècle. Vers le Ve siècle, un oratoire est édifié après la découverte miraculeuse de ses restes près d’un étang local. Au VIIIe siècle, des pèlerinages s’y développent grâce à des guérisons attribuées à son intercession, mais les reliques sont transférées à la basilique Saint-Denis vers 850, plongeant Deuil dans l’oubli jusqu’au XIe siècle. En 1066, Hervé de Montmorency offre l’église à l’abbaye Saint-Florent de Saumur, qui y fonde un prieuré. La construction de l’édifice roman actuel débute alors, avec une nef achevée au début du XIIe siècle et une croisée du transept reconstruite vers 1135, ornée de chapiteaux historiés marquants, peut-être sculptés par des artisans ayant travaillé à Saint-Denis.
Au XIIIe siècle, l’abside romane est remplacée par un chœur gothique primitif, caractérisé par un déambulatoire élégant mais dépourvu de chapelles rayonnantes, voûté tandis que le vaisseau central reste couvert d’un lambris. L’église subit des dégâts pendant la guerre de Cent Ans, puis des modifications aux XVe et XVIe siècles, dont le voûtement de la croisée du transept et la reconstruction partielle du bas-côté sud. Au XVIIIe siècle, la nef est prolongée et les fenêtres agrandies, tandis que des reliques de saint Eugène sont partiellement restituées après neuf siècles d’absence. Classée monument historique en 1862, l’église est lourdement restaurée au XIXe siècle, avec une reconstruction controversée du clocher et des voûtes de la nef, avant d’être déclassée puis réinscrite en 1926.
La Seconde Guerre mondiale marque un tournant tragique : en 1944, une fusée V2 détruit partiellement l’édifice, tuant quatorze personnes dont le curé. L’architecte Robert Camelot mène une reconstruction minutieuse à partir des débris, préservant l’authenticité des éléments médiévaux. L’église, de nouveau classée en 1962, se distingue aujourd’hui par son mélange de styles — roman pour la nef et le transept, gothique pour le chœur — et ses chapiteaux du XIIe siècle, témoins de la transition vers l’art gothique. Son histoire reflète aussi l’évolution du prieuré, passé d’une communauté monastique florissante à un déclin progressif à partir du XVIe siècle, avant sa cession à l’ordre de la Visitation en 1764.
L’intérieur, sombre en raison de la pierre apparente et des fenêtres étroites, révèle des trésors comme les chapiteaux historiés de la croisée du transept, illustrant des scènes bibliques (Caïn et Abel, Daniel dans la fosse aux lions). Le chœur gothique, sobre et intimiste, contraste avec la nef romane aux arcades massives. À l’extérieur, le clocher néoroman du XIXe siècle et les contreforts discrets masquent cette richesse. Aujourd’hui, l’église, entourée d’un jardin public commémorant les victimes du V2, reste un lieu de mémoire et de culte, symbolisant la résilience d’un patrimoine marqué par les aléas de l’histoire.
Le mobilier, largement détruit en 1944, se limite aujourd’hui à quelques éléments comme une cloche de 1758 classée, des fonts baptismaux, et une plaque commémorative dédiée au curé Jean Rémy Hurel (1766–1830), figure locale admirée pour son courage pendant la Révolution. Les statues modernes et un Christ en croix complètent désormais cet espace, où l’absence de décoration ostentatoire met en valeur l’architecture elle-même, fruit de plus de neuf siècles d’histoire religieuse et artistique.