Origine et histoire de l'Église Notre-Dame-la-Grande
Notre-Dame-la-Grande, église collégiale romane située à Poitiers, est un joyau de l’art médiéval poitevin. Sa façade sculptée, réalisée entre 1115 et 1130, est un chef-d’œuvre du style roman, tandis que ses murs intérieurs, peints et restaurés, reflètent la richesse décorative de l’époque. L’édifice, mentionné dès le Xe siècle sous le nom Sancta Maria Major, était à la fois paroisse et collégiale, dépendant des chanoines de la cathédrale. Reconstruite au XIe siècle, elle fut consacrée en 1086 par le futur pape Urbain II. Son histoire est marquée par des agrandissements au XIIe siècle, des destructions iconoclastes en 1562, et des restaurations majeures aux XIXe et XXe siècles.
La façade-écran, typique du roman poitevin, domine l’édifice avec ses arcatures superposées et ses sculptures bibliques, dont une frise racontant l’Incarnation. À l’intérieur, la nef centrale et ses collatéraux, voûtés en berceau et d’arêtes, créent un effet d’église-halle. Le chœur, légèrement désaxé, abrite des fresques romanes, dont une rare représentation de l’Apocalypse, tandis que la crypte conserve des peintures du XIe siècle. Les chapelles gothiques et Renaissance, ajoutées entre les XVe et XVIe siècles, témoignent de l’évolution architecturale et du mécénat des familles bourgeoises poitevines.
Classée Monument Historique dès 1840, l’église a subi des dégradations liées à la pollution, au sel, et aux conflits religieux. Les restaurations du XIXe siècle ont supprimé des adjonctions gothiques, tandis que celles de 1992-2004 ont dessalé les pierres et restauré la façade. Une nouvelle campagne, lancée en 2024, vise à préserver ses peintures intérieures jusqu’en 2027. La légende des Clés de Poitiers, associée à une statue de la Vierge sauvant la ville en 1202, bien qu’historiquement invraisemblable, a marqué la culture locale jusqu’au XIXe siècle.
L’influence architecturale de Notre-Dame-la-Grande s’étend bien au-delà du Poitou. Son modèle a inspiré des édifices comme la cathédrale d’Angoulême ou le Sacré-Cœur de Montmartre, tandis qu’aux États-Unis, l’architecte Henry Hobson Richardson s’en est inspiré pour la Trinity Church de Boston. Les représentations artistiques de l’église, des gravures du XIXe siècle aux photographies de Gustave Le Gray (1851), soulignent son importance patrimoniale et son rayonnement culturel.
Les éléments remarquables incluent le clocher à écailles, typique du sud-ouest, les chapiteaux historiés comme celui de l’Ascension, et les traces de polychromie sur la façade. Les objets liturgiques, tels la chaire baroque du XVIIe siècle ou la statue de Notre-Dame des Clefs, rappellent son rôle spirituel et communautaire. Aujourd’hui fermée pour restauration, l’église reste un symbole de l’héritage roman et de l’identité poitevine.