Origine et histoire de l'Église Notre-Dame-sur-l'Eau
L'église Notre-Dame-sur-l'Eau, située à Domfront en Poiraie (anciennement Domfront dans le Passais), est un édifice catholique construit entre les XIe et XIIe siècles. Elle relevait initialement de l'abbaye de Lonlay, fondée par Guillaume Ier de Bellême, fondateur du château de Domfront. Donnée vers 1020 à l'abbaye, elle devint un prieuré bénédictin dépendant de Saint-Benoît-sur-Loire. Sa structure romane, typique de la Normandie post-1050, en fait un modèle d'architecture religieuse de l'époque. Elle fut dédiée en 1156 et servit de paroisse aristocratique, accueillant même le baptême d'Aliénor, fille d'Henri II Plantagenêt, en 1162.
Au fil des siècles, l'église subit de multiples restaurations et destructions partielles. Au XVIe siècle, elle fut restaurée après des dégâts, notamment en 1578. Pendant la Révolution, elle échappa à la destruction grâce à ses sépultures aristocratiques, mais servit d'entrepôt, d'usine de salpêtre, et de filature. En 1836, quatre des six travées de la nef furent détruites pour percer une route, réduisant sa longueur de 40 m à 9,45 m. Une flèche octogonale en charpente, remplacée en 1826 par une pyramide quadrangulaire, couronnait autrefois la tour.
L'église est un mélange de deux phases de construction proches, avec une nef et un transept légèrement désaxés vers le sud. Son transept, particulièrement remarquable, présente des supports cruciformes rares en France, inspirés des modèles germaniques. Le chœur, voûté d'arêtes et orné d'arcatures aveugles, abrite des peintures murales découvertes en 1957. Les chapiteaux en granite, sculptés de motifs géométriques et animaux, témoignent de l'influence des chantiers caennais et bretons. Classée dès 1840, elle fut restaurée après les bombardements de 1944, préservant son abside et ses absidioles intactes.
Le mobilier inclut un maître-autel du XIIe siècle, une Vierge à l'Enfant du XIVe, et des dalles funéraires, dont celle de la marquise de Lesdin (XVIIe siècle). L'église, initialement nommée Notre-Dame-sous-l'Eau (jusqu'au XIXe siècle), doit son nom actuel à sa proximité avec un gué de la Varenne. Son histoire reflète les bouleversements politiques et religieux de la Normandie, de sa fondation bénédictine à son rôle pendant les guerres de Religion et la Révolution.
Aujourd’hui, l'édifice conserve une nef raccourcie, un transept saillant, et un chevet semi-circulaire. Les vestiges des collatéraux, aujourd’hui bouchés, rappellent son ancienne grandeur. Les baies en plein cintre, les oculus du transept, et la tour de croisée imposante, ornée de chapiteaux, en font un témoignage unique de l’art roman normand. Les restaurations successives, notamment celles d’Alphonse Simil (1897–1904), ont permis de préserver ses peintures médiévales et sa structure d’origine.