Origine et histoire de l'Église Saint-Symphorien
L’église Saint-Symphorien de Tours, située sur la rive nord de la Loire, trouve ses origines dès le Ve siècle sous l’impulsion de saint Perpet, sixième évêque de Tours. Ce dernier confia sa construction à Euphrône, un prêtre d’Autun, après avoir érigé une basilique sur le tombeau de saint Martin. L’édifice initial, mentionné dès 852 par Charles le Chauve, fut placé sous la dépendance de l’abbaye de Marmoutier jusqu’au XVIIIe siècle. Aucune trace de cette première église ne subsiste aujourd’hui.
Au XIIe siècle, face à l’accroissement démographique, l’église fut reconstruite partiellement : l’abside étroite, la travée aux chapiteaux sculptés et le clocher en pierre furent ajoutés. Ces éléments, encore visibles, illustrent l’art roman tourangeau. L’abside, ornée de figurines énigmatiques, et les piliers massifs témoignent de techniques décoratives dont la signification reste inconnue. Le lien avec Marmoutier, confirmé par des diplômes royaux, perdura durant cette période.
La Renaissance marqua une nouvelle phase d’expansion au XVe et XVIe siècles. La nef, aux arcs gothiques et romans, fut surélevée, tandis que des chapelles latérales – méridionale et septentrionale – furent ajoutées, mêlant influences romanes et gothiques. Les clefs de voûte, richement ornées d’écussons et de médaillons indéchiffrés, reflètent cette hybridation stylistique. Le portail extérieur, chef-d’œuvre Renaissance achevé en 1531, se distingue par ses inscriptions latines (« In domum Domini laetantes ibimus! »), ses statues dédiées à saint Symphorien et à la Vierge, et ses motifs inspirés de l’Ecclésiaste.
L’église devint paroissiale entre le XIe et le XIIe siècle, accompagnant l’essor d’un habitat local et la croissance du nombre de fidèles. Un cimetière, situé au sud, fut utilisé jusqu’à sa suppression à la fin du XVIIIe siècle, conformément aux arrêts royaux interdisant les inhumations en milieu urbain. Au XIXe siècle, l’orgue de tribune, construit par Louis Debierre (1885–1887), vint enrichir le mobilier. Classée monument historique en 1921, l’église conserve aujourd’hui son plan irrégulier, fruit de ses agrandissements successifs.
Les sources historiques, comme les travaux de l’abbé Pelé (1900) ou les observations de L. Palustre, soulignent la complexité de son architecture. Les peintures intérieures, effacées en 1763 sur décision du curé Gayaud, et les remaniements mineurs des époques modernes n’ont pas altéré son caractère composite. L’édifice incarne ainsi près de mille ans d’histoire religieuse et artistique tourangelle, des origines mérovingiennes à la période contemporaine.