Frise chronologique
1081
Fondation du prieuré
Fondation du prieuré
1081 (≈ 1081)
Création par Hugues de Dammartin, confié à Cluny.
Vers 1150
Achèvement du massif occidental
Achèvement du massif occidental
Vers 1150 (≈ 1150)
Partie romane de la façade actuelle.
1160-1200
Construction de l’église gothique
Construction de l’église gothique
1160-1200 (≈ 1180)
Chevet, chœur, nef et bas-côtés édifiés.
1270
Agrandissement des fenêtres
Agrandissement des fenêtres
1270 (≈ 1270)
Modifications en style gothique rayonnant.
1436
Incendie pendant la guerre de Cent Ans
Incendie pendant la guerre de Cent Ans
1436 (≈ 1436)
Dégâts dans la nef et le chœur.
1840
Classement Monument Historique
Classement Monument Historique
1840 (≈ 1840)
Première protection officielle de l’édifice.
1846-1848
Premières restaurations
Premières restaurations
1846-1848 (≈ 1847)
Travaux dirigés par Daniel Ramée.
1873-1912
Campagne majeure de restauration
Campagne majeure de restauration
1873-1912 (≈ 1893)
Dirigée par Paul Selmersheim et Lucien Roy.
5 août 1944
Bombardement allié
Bombardement allié
5 août 1944 (≈ 1944)
Destruction des voûtes du chœur.
1947-1961
Restauration post-Seconde Guerre mondiale
Restauration post-Seconde Guerre mondiale
1947-1961 (≈ 1954)
Réparations par Jean-Pierre Paquet.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
L'église abbatiale : classement par liste de 1840 - Les restes de l'ancienne abbaye : classement par liste de 1862 - Le pigeonnier, près de l'église (cad. AI 103, 168) : inscription par arrêté du 16 février 1965
Personnages clés
| Hugues de Dammartin - Comte et fondateur du prieuré |
Restitue les biens ecclésiastiques en 1081. |
| Raoul de Haute-Pierre - Prieur et maître d’œuvre |
Supervise la construction du chœur (1152-1175). |
| Daniel Ramée - Architecte-restaurateur (XIXe siècle) |
Premières réparations structurelles en 1846. |
| Paul Selmersheim - Architecte en chef (XIXe siècle) |
Restauration radicale de 1873 à 1891. |
| Albert Fossard - Architecte et propriétaire (XXe siècle) |
Restaure le prieuré et documente le site. |
| Jean-Pierre Paquet - Architecte-restaurateur (XXe siècle) |
Réparations post-1944 avec structure en béton. |
Origine et histoire
L’église prieurale Saint-Nicolas de Saint-Leu-d’Esserent, située dans le département de l’Oise (Hauts-de-France), est un monument majeur de l’architecture religieuse médiévale, fondé en 1081 par Hugues de Dammartin. Ce comte restitue à l’évêque de Beauvais les biens ecclésiastiques du village, permettant la création d’un prieuré confié à l’abbaye de Cluny. L’édifice actuel, construit entre le milieu du XIIe et le début du XIIIe siècle, remplace une première église romane plus modeste, dont des vestiges ont été mis au jour lors de fouilles en 1955. Son architecture, à la fois romane et gothique, reflète les transitions stylistiques de l’époque, avec un massif occidental roman achevé vers 1150 et une nef gothique innovante édifiée entre 1190 et 1200.
La construction de l’église s’étale sur plusieurs décennies, débutant par le chevet et le déambulatoire vers 1160, suivis du chœur et de la nef. Les moines clunisiens, soutenus par les comtes de Clermont, visent à créer un édifice rivalisant avec les cathédrales contemporaines, comme celle de Senlis. Le prieuré, désaffecté après la Révolution française, voit ses bâtiments conventuels vendus et partiellement détruits, tandis que l’église, classée Monument Historique dès 1840, subit d’importantes restaurations aux XIXe et XXe siècles, notamment après les bombardements de 1944 qui endommagèrent gravement le chœur.
L’église se distingue par son plan ambitieux, sans transept, avec une nef de neuf travées flanquée de bas-côtés et un chevet à déambulatoire et cinq chapelles rayonnantes. Le triforium, innovant pour l’époque, est rétro-éclairé par des baies, tandis que les arc-boutants, parmi les premiers exemples gothiques, assurent la stabilité de la structure. Le massif occidental, incomplet avec une seule tour construite, abrite une salle voûtée à l’étage, peut-être destinée à accueillir des hôtes ou à servir de bibliothèque. Les restaurations du XIXe siècle, bien que radicales, ont permis de préserver l’esprit architectural d’origine, malgré la perte partielle d’authenticité.
Le prieuré, entouré d’une enceinte imposante partiellement conservée, incluait des bâtiments conventuels aujourd’hui disparus ou transformés. Le cloître, daté des années 1220-1230, ne subsiste que partiellement, avec une galerie septentrionale intacte et des vestiges de la galerie occidentale. Les fouilles et restaurations menées par l’architecte Albert Fossard au début du XXe siècle ont permis de redécouvrir et préserver des éléments clés, comme des salles voûtées et des carrières souterraines utilisées comme celliers. L’église, toujours affectée au culte, incarne un témoignage rare de l’architecture clunisienne en Île-de-France, mêlant pureté des lignes et audace technique.
Parmi les éléments remarquables du mobilier, on note le gisant de Renaud de Dammartin (XIIIe siècle), une Vierge en majesté du XIVe siècle dont la tête est conservée au Louvre, et un retable du XIVe siècle représentant des scènes de la vie de saint Nicolas. Les vitraux, les stalles du XVIIIe siècle, et les fonts baptismaux du XVIe siècle complètent cet ensemble patrimonial. Malgré les destructions et les restaurations successives, l’église prieurale de Saint-Leu-d’Esserent reste un exemple exceptionnel de l’art religieux médiéval, marqué par son histoire clunisienne et son intégration dans le paysage de la vallée de l’Oise.