Origine et histoire de l'Église prieurale
L’église prieurale de Saint-Romain-le-Puy, située dans la Loire en Auvergne-Rhône-Alpes, trouve ses origines vers 550-600 avec l’installation de moines bénédictins. Une première église, construite par les seigneurs locaux, est attestée au Xe siècle sous le règne de Conrad le Pacifique (937-993). Entre 980 et 983, Bouchetal, seigneur du lieu, cède l’église à l’abbaye Saint-Martin d’Ainay, marquant son rattachement au réseau monastique bourguignon. Le monastère est érigé en 1007, accompagné d’un château fortifié pour protéger le prieuré, stratégique dans le Forez.
Au XIe siècle, le prieur agrandit l’église vers l’est : l’abside et les absidioles sont démolies pour construire une crypte (compensant la dénivellation) et un chœur surmonté d’absidioles, sous la direction du maître maçon Aldebertus. Les murs du chevet, ornés de sculptures similaires à celles de la basilique Saint-Martin d’Ainay, datent de cette période. La nef, initialement charpentée, est voûtée en berceau peu après. En 1153, le prieuré et l’église paroissiale Saint-Martin sont confirmés comme dépendances d’Ainay, tandis que le château devient un enjeu politique entre le comte de Forez et l’archevêque de Lyon.
Les XIIe et XIVe siècles voient des conflits et des aménagements majeurs. En 1173, un accord cède le château au comte de Forez, mais les droits sont partagés avec l’abbaye d’Ainay jusqu’en 1236, où un compromis est trouvé pour la nomination des châtelains. La peste noire (1348) décime la population, ne laissant que 3 habitants. Au XVe siècle, le prieur Jacques de Bouthéon ajoute une chapelle nord et un portail ouest à son blason. Les fortifications, attaquées par les routiers en 1431, sont restaurées avant de s’effondrer partiellement en 1449. L’armorial de Guillaume Revel (vers 1450) en témoigne.
La Renaissance marque un déclin : en 1523, le Forez passe à Louise de Savoie, mère de François Ier, qui s’y arrête en 1536. Les guerres de religion (1562) voient la destruction des reliques de saint Romain par les protestants. Le prieuré, sécularisé en 1684, est vendu comme bien national à la Révolution. Classée Monument historique en 1862, l’église est rachetée par la famille Jullien de Pommerol en 1885, qui la cède à la commune. Des restaurations controversées (1950-1960) altèrent son authenticité, avant que des fouilles (1986) ne révèlent ses phases de construction depuis l’Antiquité tardive.
L’architecture mêle éléments gallo-romains (pierres et briques réemployées), un plan triconque initial (similaire à Saint-Michel d’Aiguilhe), et des ajouts médiévaux comme la crypte et le clocher. Les peintures murales (XIIe-XVe siècles) et les chapiteaux sculptés illustrent son évolution artistique. Le site, stratégique sur son piton volcanique, reflète les luttes de pouvoir entre comtes, abbés et rois, tout en conservant des traces de son passé monastique et militaire.