Origine et histoire de l'Église protestante Saint-Pierre-le-Jeune
L’église protestante Saint-Pierre-le-Jeune, située à Strasbourg dans le Bas-Rhin, est un monument emblématique dont les origines remontent au VIIe siècle. À l’emplacement actuel se trouvait une chapelle en bois dédiée à saint Colomban de Bangor, construite par des moines irlandais. Cette chapelle, entourée d’un cimetière hors des murailles, servait d’oratoire aux artisans et voyageurs de la voie romaine reliant Strasbourg à Trèves. Un hospice y accueillait pèlerins, sans-abri et malades. Vers l’an mille, une seconde église y fut édifiée, desservie par des moines.
Au XIe siècle, l’évêque Guillaume Ier fit construire une église collégiale romane à la place de la chapelle Saint-Colomban, dédiée à saint Pierre et consacrée par le pape Léon IX en 1049 ou 1053. Surnommée « Saint-Pierre-le-Jeune » pour la distinguer d’une autre église strasbourgeoise, elle devint un chapitre canonial riche, comptant jusqu’à quinze chanoines à la fin du Moyen Âge. Ces derniers, initialement vivant en communauté sous la règle de saint Chrodegang, abandonnèrent progressivement cette vie commune pour des logements individuels. Le chapitre gérait une école, une bibliothèque réputée, et ses membres occupaient souvent des rôles diplomatiques ou juridiques.
L’église fut reconstruite dans un style gothique au XIVe siècle, avec des chapelles ajoutées aux XIVe et XVe siècles. Après l’élargissement des murailles de Strasbourg (1200-1220), elle se retrouva intra-muros. La Réforme protestante y fut introduite en 1524 par Wolfgang Capiton, nommé pasteur malgré l’opposition des chanoines catholiques. Ceux-ci quittèrent la ville en emportant les trésors du chapitre, mais conservèrent la jouissance du chœur. En 1682, Louis XIV rétablit le culte catholique dans le chœur, séparé de la nef protestante par un mur jusqu’en 1893, date de la construction d’une nouvelle église catholique à proximité.
L’édifice, classé monument historique depuis 1862, fut entièrement restauré entre 1897 et 1901 par l’architecte Carl Schäfer, qui reconstitua les peintures murales médiévales recouvertes de badigeon depuis le XVIe siècle. Ces fresques, comme La Navicella ou Le Cortège des Nations, mêlent aujourd’hui des éléments originaux et des reconstitutions néogothiques. L’orgue de Jean André Silbermann (1780), restauré à plusieurs reprises, est célèbre pour ses enregistrements des œuvres de Bach par Helmut Walcha. L’église, rendue exclusivement au culte protestant en 1893, reste un lieu culturel et spirituel majeur, attirant plus de 80 000 visiteurs annuels.
Parmi les événements marquants, le baptistère vit le baptême du bienheureux Charles de Foucauld pendant la période de simultaneum (cohabitation des cultes catholique et protestant). Les pasteurs successifs, comme Friedrich Theodor Horning (1846-1882), marquèrent la paroisse par leur engagement liturgique et social. La Seconde Guerre mondiale touchera aussi la communauté, avec trente paroissiens tués lors du bombardement de Strasbourg en 1944. Aujourd’hui, l’église conserve son jubé médiéval, rare exemple alsacien, et une statue polychrome d’un ange de deux mètres, lieu de dévotion pour les visiteurs.
L’architecture de l’église allie des éléments romans (bas du clocher, colonnes du cloître) et gothiques (voûtes, chapelles). Le cloître, partiellement du XIe siècle, abrite des dalles funéraires et une cuve baptismale gothique. Les vitraux du chœur et la statue de l’ange aux fonts baptismaux datent de la restauration de 1897-1901. Les peintures murales, comme La Pesée des âmes, illustrent des thèmes médiévaux du Jugement dernier, tandis que les orgues, dont celui de Silbermann, témoignent d’une tradition musicale exceptionnelle, liée à des figures comme Alfred Kern ou Norbert Dufourcq.