Origine et histoire de l'Église Saint-Acceul
L'église Saint-Acceul, à Écouen dans le Val-d'Oise, est la seule église française placée sous ce vocable et conserve toutefois une clavicule attribuée à saint Andéol, qui semble constituer son véritable patron. Elle se dresse sur la place de l'Église, face à l'hôtel de ville, voisine de l'office de tourisme et juste en contrebas du château d'Écouen ; sa façade principale donne sur la place et le chevet est partiellement visible depuis la rue et depuis la cour d'une école. L'origine du nom demeure incertaine : la statue au-dessus du portail, tenant une scie, et la présence de la relique font penser à saint Andéol, mais des rapprochements locaux avec saint Acheul d'Amiens et des évolutions phonétiques rendent plausible une confusion entre plusieurs traditions saintes, point sur lequel les historiens ne sont pas tous d'accord. Les origines de l'édifice sont mal connues en raison de la disparition d'archives anciennes, mais la seigneurie de Montmorency paraît liée très tôt au site et la paroisse figure dans des donations et contestations médiévales mentionnées par les sources. La reconstruction majeure a été entreprise à l'initiative du connétable Anne de Montmorency au milieu du XVIe siècle ; le chœur et son collatéral, élevés dans un goût gothique flamboyant mêlé d'influences renaissantes, forment un ensemble élancé et soigné, tandis que le clocher resta inachevé et que la nef basse, reprise économiquement au début du XVIIIe siècle, contraste fortement avec le chœur. La principale richesse de l'église réside dans ses vitraux Renaissance du milieu du XVIe siècle qui ornent toutes les fenêtres du chœur et du collatéral et constituent un ensemble exceptionnel, conservé en quasi-intégralité à son emplacement d'origine. Les travaux se sont déroulés en plusieurs campagnes, du parti flamboyant des voûtes à l'incorporation d'éléments de style renaissant, et certaines étapes ont été liées aux chantiers du château d'Écouen ; Jean Bullant est notamment associé à la phase finale et y est enterré. À la fin du XVIIe siècle et au début du XVIIIe, l'arrivée d'une nouvelle relique soutenue par Anne de Bavière provoqua la transformation de la base du clocher en chapelle, la reconstruction économique de la nef et du bas-côté et le renouvellement du mobilier, tandis qu'un porche fut ajouté en 1737, critiqué par des contemporains. Lors de la Révolution, la paroisse fut rattachée au diocèse de Versailles ; plusieurs objets et cloches furent envoyés à la fonte, le mobilier vendu et l'église dédiée au culte de la Raison, mais des paroissiens sauvèrent certaines reliques et, après le concordat de 1801, la vie cultuelle reprit et des reliques furent restituées. Classée au titre des monuments historiques dès la liste de 1840, l'église bénéficia d'opérations de restauration au XIXe siècle : une façade néo-Renaissance simplifiée fut exécutée entre 1851 et 1854, les vitraux firent l'objet d'une restauration en 1854 par Laurent-Charles Maréchal, et des travaux de consolidation et de transformations eurent lieu au cours du siècle. Au XXe siècle, les verrières furent déposées pour protection dans les conflits de 1918 et 1939, endommagées puis restaurées par Jean-Jacques Grüber et réinstallées en 1951 ; des actes de vandalisme et des démontages au cours du siècle ont par ailleurs modifié le mobilier et l'aménagement intérieur. Des campagnes importantes de consolidation et de restauration ont été menées à partir des années 1970, le chœur menaçant ruine en 1979 puis étant consolidé et restauré en deux phases achevées en 1997 ; une restauration complète des élévations extérieures, de la nef, du bas-côté et de la base du clocher a été conduite entre 2004 et 2013, financée en partie par la commune. L'édifice présente un plan irrégulier : une nef de quatre travées avec un seul bas-côté au nord-est, un chœur de trois travées flanqué d'un collatéral nord-est et un clocher-tour implanté devant la façade nord-est ; la disproportion entre le chœur haut et la nef basse, conséquence de moyens limités, nuit à l'harmonie générale et accentue le caractère singulier du clocher inachevé visible depuis la place. À l'intérieur, la nef de 1710 est sobre mais bien éclairée, tandis que le chœur constitue la pièce maîtresse par son tracé flamboyant, ses voûtes à liernes et tiercerons peintes aux couleurs des Montmorency et ses culs-de-lampe sculptés d'angelots et de motifs végétaux. Les grandes arcades s'appuient sur des piliers monocylindriques et les nervures retombent sur des culs-de-lampe, ce qui donne à l'élévation une ordonnance particulière mêlant parti conservateur et décors finement travaillés, tandis que le remplage des fenêtres mêle formes flamboyantes tardives et détails renaissants. Le bas-côté, en grande partie remanié aux XVIIIe et XIXe siècles, abrite la base du clocher dont la voûte du milieu du XVIe siècle subsiste et qui fut percée pour la remontée des cloches ; cette base fut remaniée en 1709 pour accueillir la châsse des reliques. À l'extérieur, la façade néo-Renaissance du milieu du XIXe siècle n'a pas résolu le déséquilibre des élévations occidentales et le clocher, à l'allure massive et ponctué de contreforts obliques, conserve une impression d'inachèvement ; des armoiries sculptées subsistent sur certains pans, bien que partiellement détruites à la Révolution. Les vitraux forment le trésor de l'église : neuf verrières polychromes du XVIe siècle constituent un programme iconographique cohérent centré sur la vie du Christ et de la Vierge, avec des scènes narratives dominantes et des donateurs représentés, et sont attribués par analyse stylistique à un atelier proche de celui qui travailla pour le château d'Écouen ; huit verrières de 1709-1710 en verre blanc peint complètent l'ensemble et portent les armoiries des donateurs du XVIIIe siècle. Parmi les verrières, le chevet présente au centre la Résurrection flanquée des vitraux d'Anne de Montmorency et de Madeleine de Savoie, la façade méridionale du chœur comprend des verrières offertes par le cardinal de Châtillon puis par des membres de la famille de Montmorency, et le collatéral présente trois verrières particulièrement réussies consacrées à la Nativité et à des épisodes de la vie de la Vierge. Le mobilier comprend plusieurs éléments classés, notamment une Vierge à l'Enfant polychrome du XIVe siècle, un groupe d'Annonciation et des statuettes du XVIe siècle, des fonts baptismaux contemporains du chœur, la châsse en bois doré contenant la clavicule de saint Andéol, une imposante copie du tableau de La Transfiguration datée de 1738 et un orgue acheté en 1849 dont la transmission mécanique conserve un intérêt historique. Les trois cloches du clocher comprennent la plus grosse, fondue en 1554 et toujours en service, et deux autres datées de 1878. L'église Saint-Acceul se distingue donc par la qualité de son chœur flamboyant, la rareté et l'intégrité de ses vitraux de la Renaissance et par l'histoire complexe d'un monument modelé par les interventions des seigneurs de Montmorency, les aléas révolutionnaires et les campagnes de restauration modernes.