Origine et histoire de l'Église Saint-Agnan
L’église Saint-Aignan de Gevrey-Chambertin, située dans le vieux village viticole, est un édifice principalement construit à la fin du XIIIe siècle, sur les bases d’une structure plus ancienne. Elle allie des éléments romans, comme son portail occidental à archivoltes, et des caractéristiques gothiques marquées : croisées d’ogives, verticalité des murs, et voûtes allégées. Son plan basilical comprend une nef à quatre travées, un chœur prolongé par des stalles en bois, un transept asymétrique (collatéral nord seulement), et un clocher trapu en forme de tour-beffroi. Les restaurations successives aux XIXe et XXe siècles ont préservé son intégrité, malgré des ajouts mineurs aux XIVe et XVe siècles.
La paroisse, initialement rattachée au diocèse de Langres, passe sous l’autorité de Dijon en 1731 après la création de ce dernier. Épargnée pendant la Révolution, l’église conserve des traces de son passé liturgique et funéraire : dalles sépulcrales des XVIIe et XVIIIe siècles (marchands, notables, prêtres), une table de communion de 1710 signée par le ferronnier Claude Gilbert, et des statues historiques comme celles de saint Aignan et saint Nicolas. Son cimetière attitré, démantelé en 1882, occupait autrefois l’esplanade devant l’édifice, aujourd’hui espace vert surplombant la route des Grands Crus.
L’architecture extérieure révèle une façade occidentale sobre, percée d’une baie ogivale ornée d’un vitrail moderne (1977) et surmontant un portail roman à tympan aveugle. Les contreforts massifs, les tuiles plates, et la tourelle d’escalier du clocher quadrangulaire soulignent son ancrage médiéval. À l’intérieur, la nef aux piliers octogonaux, les voûtes d’ogives, et les autels latéraux (dont un retable représentant l’Adoration des Bergers) illustrent la transition entre roman et gothique. Parmi les objets mobiliers remarquables figurent un Christ en bois (copie d’un original volé à la fin du XXe siècle), des fonts baptismaux octogonaux, et des statues polychromes des XVIe au XIXe siècles.
Classée monument historique en 1932, l’église incarne l’histoire religieuse et viticole de Gevrey-Chambertin. Son emplacement entre les coteaux, à proximité des vignobles classés, et son rôle central dans la vie communautaire (ancien cimetière, presbytère adjacent) en font un témoin privilégié de l’évolution du village, des pratiques funéraires aux transformations liturgiques. Les sources locales, comme les travaux de Charles Guillaume ou Henri Vienne, documentent son architecture et son ancrage dans le patrimoine bourguignon.
Les campagnes de restauration ont visé à conserver ses spécificités : vitraux, charpente du portail, ou boiseries du chœur (époque Louis XVI). Malgré la disparition de certains éléments (comme le Christ original), l’édifice reste un exemple rare d’église rurale à la croisée des styles, où se mêlent dévolution diocésaine, mémoire des notables locaux (comme Claude Jobert de Chambertin, figure du commerce viticole), et adaptations modernes (transfert du cimetière, protection patrimoniale).