Origine et histoire de l'Église Saint-Agnan
L'église Saint-Aignan, située à Senlis dans l'Oise, fut l'une des sept paroisses médiévales de la ville. Fondée probablement avant le dernier quart du XIe siècle, elle se distingue par son clocher roman, modèle pour d'autres églises de la région comme Saint-Pierre de Senlis ou Saint-Gervais de Pontpoint. Ce clocher, avec ses baies ornées de billettes et ses modillons en boudins, témoigne de l'architecture romane primitive. L'édifice, initialement symétrique avec deux clochers, fut profondément remanié aux XIIIe, XVe et XVIe siècles, intégrant des éléments gothiques comme un chœur voûté et un portail nord de style Tudor.
Au XVIe siècle, l'église adopte son plan définitif, incluant un chœur à chevet plat, des chapelles latérales et une sacristie. Quatre chapelles fondées par des notables locaux (Notre-Dame, Saint-Jean-Baptiste, Saint-Nicolas, Saint-Charles-Borromée) soulignent sa prospérité. La Révolution marque un tournant : vendue comme bien national en 1792, elle devient bergerie, puis théâtre en 1814 sous l'impulsion de Pierre-Jacques Fricaut. La nef est démolie en 1806 pour aménager une façade classique, tandis que le clocher et les chapelles sont préservés. Le théâtre, doté d'un café et de loges, fonctionne jusqu'au XIXe siècle avant de devenir un cinéma au XXe.
Classée Monument Historique en 1981, l'église est restaurée dans les années 1980 par M. et Mme Raynal-Menes, qui préservent ses aménagements du XIXe siècle tout en révélant des éléments médiévaux comme un triforium inconnu. Aujourd'hui désaffectée et fermée pour raisons de sécurité, elle conserve des traces de ses multiples vies : vestige roman, transformations gothiques, et réutilisations profanes. Son clocher, symbole de l'influence architecturale régionale, et ses chapelles rappellent son rôle central dans la vie religieuse et sociale de Senlis.
L'édifice illustre aussi les défis de la conservation patrimoniale : après des fouilles archéologiques en 1988 et une brève renaissance culturelle comme « espace Saint-Aignan », il est désormais inaccessible. Son histoire reflète les mutations urbaines et culturelles, de l'époque médiévale à la modernité, en passant par les bouleversements révolutionnaires et les adaptations théâtrales.
Architecturalement, l'église combine des éléments romans (clocher aux colonnettes et modillons), gothiques (baies filigranées, voûtes ogivales) et classiques (façade du XIXe siècle). La chapelle latérale nord, avec ses lancettes et roses quadrilobées, et le portail Tudor orné de gargouilles, témoignent de cette superposition de styles. À l'intérieur, les restaurations des années 1980 ont mis en valeur cet héritage composite, tout en conservant les traces de son usage théâtral, comme la plate-forme de scène et les escaliers des loges.