Origine et histoire de l'Église Saint-Antoine
L'église Saint-Antoine de Compiègne, fondée en 1199 sous l'égide de l'abbaye Saint-Corneille, est un édifice religieux emblématique du centre-ville. Sa construction débute au XIIIe siècle dans un style gothique primitif, mais elle subit une transformation majeure au XVIe siècle, adoptant un style gothique flamboyant homogène. Ce remaniement, probablement lié aux dégâts de la guerre de Cent Ans, donne naissance à une façade et un chœur richement décorés, caractérisés par des voûtes à liernes et tiercerons, ainsi que des supports prismatiques. L'église perd une grande partie de son mobilier et de ses œuvres d'art en 1768, lorsque le curé Duquesnoy, souhaitant éclaircir l'intérieur, fait supprimer vitraux, statues et jubé. Classée monument historique en 1840, elle est profondément restaurée à partir de 1863, retrouvant une partie de sa splendeur d'antan.
Les origines de la paroisse Saint-Antoine remontent à 1199, lorsque le pape Innocent III autorise la création de deux nouvelles paroisses à Compiègne pour répondre à l'expansion démographique. L'abbaye Saint-Corneille, fondée en 876 et dotée de privilèges exceptionnels par Charles II le Chauve, domine alors la vie religieuse de la ville. L'église Saint-Antoine, comme sa voisine Saint-Jacques, est placée sous le patronage de l'abbaye, bien que le soin des âmes soit théoriquement confié à l'évêque de Soissons — une autorité largement symbolique, car l'abbé conserve un contrôle quasi absolu. Les tensions entre les habitants, les curés et l'abbaye sont récurrentes, marquées par des procès et des excommunications, reflétant une lutte pour l'autonomie paroissiale qui perdurera jusqu'à la Révolution.
La construction de l'église s'étale sur plusieurs siècles, avec une nef et un transept datant du XIIIe siècle, tandis que le chœur, les collatéraux et le déambulatoire sont entièrement reconstruits au XVIe siècle. Ce chœur, chef-d'œuvre du gothique flamboyant, se distingue par son élévation harmonieuse, ses voûtes complexes et son décor sculpté raffiné. La façade occidentale, également du XVIe siècle, est ornée de tourelles octogonales, de niches à statues et d'une rosace flamboyante, bien que les flèches et clochetons aient été supprimés en 1768. Pendant la Révolution, l'église est temporairement transformée en magasin de fourrages avant de retrouver sa fonction cultuelle en 1795, devenant une simple succursale de Saint-Jacques, puis une paroisse à part entière en 1826.
Au XIXe siècle, l'église bénéficie de restaurations majeures, notamment à partir de 1863, où les voûtes menaçantes du chœur et des bas-côtés sont consolidées. Les badigeons du XVIIIe siècle, qui avaient recouvert sculptures et polychromies, sont partiellement retirés, révélant à nouveau certains détails architecturaux. Aujourd'hui, l'édifice abrite un mobilier classé, dont des fonts baptismaux du XIIe siècle, des vantaux de portail du XIIIe siècle, et un orgue du XIXe siècle. Son chevet, marqué par des arcs-boutants élancés et des balustrades ajourées, reste l'un des exemples les plus aboutis de l'art flamboyant en Picardie, témoignant de l'importance historique et artistique de ce monument compiégnois.
La vie de la paroisse est étroitement liée à l'histoire politique et sociale de Compiègne. Au Moyen Âge, l'église joue un rôle central dans la vie communautaire, accueillant les fidèles dans un espace alors insuffisant, comme en témoignent les litiges autour des chapelles provisoires. À l'époque moderne, les transformations de l'édifice reflètent les évolutions des goûts et des pratiques religieuses, depuis les modifications baroques du XVIIIe siècle jusqu'aux restaurations romantiques du XIXe siècle. Pendant la Révolution, l'église incarne les tensions entre culte et pouvoir politique, passant du statut de lieu de prière à celui d'entrepôt, avant de renaître comme symbole de la continuité religieuse dans une France post-révolutionnaire. Aujourd'hui, affiliée à la paroisse des Seize Bienheureuses Carmélites de Compiègne, elle reste un lieu de mémoire et de dévotion, tout en étant un témoin majeur du patrimoine gothique français.