Origine et histoire de l'Église Saint-Arbogast
L'église Saint-Arbogast de Rouffach, classée Monument Historique dès 1841, présente une architecture composite reflétant plusieurs siècles de construction. La partie la plus ancienne, le transept avec ses deux absidioles, remonte à la seconde moitié du XIe siècle. Ses arcatures à lésènes évoquent celles du chœur d'Eschau, suggérant un lien avec l'abbesse patronne de l'époque. Les influences stylistiques, comme la superposition des fenêtres, rappellent aussi les élévations de Limbourg.
Au XIIe siècle, les bras du transept furent voûtés et dotés de contreforts en arc brisé, tandis qu'une coupole à trompes, inspirée de la cathédrale de Bâle, fut ajoutée au XIIIe siècle. La nef, construite par étapes, montre une alternance de piles fortes et faibles, avec des chapiteaux sculptés proches de ceux de Notre-Dame de Paris. Le chœur, reconstruit à la fin du XIIIe siècle, adopte un style profond typique des églises conventuelles dominicaines et franciscaines.
Le massif occidental, commencé vers 1300, s'inspire de la cathédrale de Strasbourg pour son portail et de Notre-Dame de Paris pour sa rose rayonnante. Les tours, laissées inachevées, furent partiellement surélevées aux XVe et XIXe siècles. Des maîtres d'œuvre comme Johann Behem et Woelflin de Rouffach y travaillèrent, ce dernier étant probablement l'auteur des statues d'anges de la façade. Une restauration majeure en 1866, dirigée par Maximilien Emile Mimey, inclut la surélévation de la tour nord, interrompue par la guerre de 1870.
Les matériaux utilisés varient selon les époques : grès jaune pour la nef et le chœur, moellons crépis pour les bas-côtés, et grès rose pour les parties supérieures des tours (XIXe siècle). L'édifice, autrefois encombré de boutiques en son pourtour, illustre l'évolution architecturale et sociale de Rouffach, entre patrimoine religieux et vie communautaire.
Les éléments protégés incluent l'ensemble de l'église, classée dès 1841. Son histoire reflète aussi les aléas politiques, comme l'interruption des travaux due aux conflits, notamment en 1870. Aujourd'hui, elle reste un témoignage majeur de l'art sacré alsacien, mêlant héritages roman, gothique et restaurations modernes.