Origine et histoire de l'Église Saint-Aspais
L'église Saint-Aspais de Melun, située sur la rive droite de la Seine, est un édifice religieux catholique unique en France par son vocable dédié à saint Aspais, un évangélisateur local du IVe siècle dont la vie reste mystérieuse. Initialement construite dans un faubourg, elle succède à une modeste église gothique dont des vestiges furent découverts en 2011. À la fin du XVe siècle, face à l’accroissement démographique, les habitants entreprennent son agrandissement, commençant par un nouveau clocher achevé vers 1480, suivi de la reconstruction de la façade et des trois premières travées de la nef à partir de 1506 dans un style gothique flamboyant.
En 1517, le maître-maçon parisien Jehan de Félin, connu pour ses travaux sur la tour Saint-Jacques, est chargé de diriger la construction du chœur et du chevet. Son projet ambitieux, marqué par une élévation audacieuse et un décor sculpté riche, provoque des tensions avec les marguilliers soucieux des coûts. Le chantier est interrompu en 1519 par un procès, et reprendra seulement en 1546 sous la direction du maître-maçon local Jehan François, qui achèvera l’église vers 1556. Malgré des dons généreux pour le mobilier, des contraintes économiques entraînent des désordres structurels, nécessitant des réparations majeures entre 1669 et 1703.
L’église, classée monument historique en 1914, subit de lourds dommages lors des bombardements de 1944, notamment la destruction de sa charpente et de ses vitraux. Restaurée entre 1945 et 1960, elle est aujourd’hui la principale église paroissiale de Melun. Son architecture, marquée par un plan irrégulier et une homogénéité stylistique, ainsi que ses vitraux Renaissance et son mobilier historique, en font un témoignage remarquable du patrimoine religieux francilien. Parmi ses trésors, on compte le cilice de saint Louis, une relique rare du XIIIe siècle, et des retables sculptés des XVIe et XVIIe siècles.
Le chevet de l’église, traité comme une façade secondaire, présente deux portails flamboyants richement décorés, tandis que l’intérieur se distingue par des voûtes à liernes et tiercerons, des piliers ondulés et des clés de voûte pendantes. Les vitraux du XVIe siècle, classés monuments historiques, illustrent des scènes bibliques et hagiographiques, comme la vie de saint François d’Assise ou la Chute. Malgré les vicissitudes de son histoire, dont les destructions révolutionnaires et les restaurations controversées du XIXe siècle, l’église Saint-Aspais reste un symbole de la dévotion locale et de l’art sacré en Île-de-France.
L’origine du culte de saint Aspais, patron de Melun avec saint Liesne, remonte à la redécouverte de ses reliques en 1322, après cinq siècles d’oubli. Ces reliques, initialement conservées à l’abbaye Saint-Père, furent transférées solennellement en l’église Saint-Aspais, renforçant son importance spirituelle. Au fil des siècles, l’édifice a également abrité des événements marquants, comme les conférences religieuses de 1579 sous Henri III ou les profanations lors des guerres de Religion. Son rôle central dans la vie paroissiale, malgré les aléas historiques, en fait un lieu de mémoire et de patrimoine incontournable.
Les campagnes de restauration successives, notamment celles menées par Albert Bray et Jean Creuzot après 1944, ont permis de préserver les éléments architecturaux et artistiques les plus précieux. Aujourd’hui, l’église allie des traces médiévales, comme son clocher du XVe siècle, à des ajouts Renaissance et néo-gothiques, illustrant les évolutions stylistiques et les adaptations fonctionnelles au fil des époques. Son mobilier, incluant des stalles du XVIIIe siècle, des médaillons sculptés du XVIIe siècle et des tableaux classés, complète ce panorama historique et artistique exceptionnel.