Origine et histoire de l'Église Saint-Aubin
L’église Saint-Aubin de Doudeauville-en-Vexin est une construction religieuse d’origine romane, édifiée au XIIe siècle sous l’impulsion d’une seigneurie locale ou d’un ordre monastique proche. Son style initial, sobre et massif, reflétait les canons architecturaux normands de l’époque, marqués par des murs épais, des baies étroites et une nef unique couverte de charpente. Au XIIIe siècle, l’église fut placée sous le patronage de l’abbesse de Fontaine-Guérard, un monastère cistercien féminin situé près de Rouen, grâce à un don des seigneurs Guéry de Vittencout et Hughes le valet de Chaumont.
Ce transfert illustre les liens étroits entre noblesse locale et institutions religieuses, typiques du Vexin normand, région alors sous influence à la fois française et anglaise. La reconstruction majeure de l’édifice intervint entre 1520 et 1564, dans un contexte de renaissance artistique post-guerre de Cent Ans. Les artisans s’inspirèrent de la collégiale d’Écouis, chef-d’œuvre gothique flamboyant voisin, pour ériger une église à la fois élancée et ornée de décors Renaissance.
Les voûtes sur croisée d’ogives, les contreforts élégants et les fenêtres à remplages témoignent de cette transition stylistique. Au XVIe siècle, l’église devint un lieu de culte central pour la paroisse, mais aussi un symbole de la reconstruction régionale après les ravages des conflits. Les vitraux, aujourd’hui disparus ou fragmentaires, auraient pu comporter des armes seigneuriales ou des scènes bibliques, comme le suggèrent les traces d’encadrements en pierre sculptée.
À l’époque moderne, Saint-Aubin subit des modifications mineures (ajout d’un porche, réfection de la toiture), mais conserva son plan d’origine. Classée ou inscrite aux Monuments Historiques (statut à préciser), elle incarne aujourd’hui un patrimoine rural préservé, ouvert aux visiteurs et aux offices. Son clocher, visible de loin, reste un repère dans le paysage vexinois.
Des fouilles archéologiques limitées, menées au XXe siècle, ont révélé des fondations romanes sous le chœur actuel, confirmant l’ancienne emprise du bâtiment médiéval. Ces découvertes soulignent l’importance de l’église comme palimpseste architectural, où chaque époque a laissé son empreinte sans effacer totalement la précédente. Depuis les années 1990, des associations locales œuvrent pour sa restauration, mettant en valeur ses modillons sculptés (têtes humaines ou animales) et son portail occidental orné de motifs Renaissance.
Ces efforts s’inscrivent dans une dynamique plus large de valorisation du Vexin normand, terre de confluence entre Île-de-France et Normandie. L’église Saint-Aubin, bien que modeste par sa taille, offre un exemple remarquable d’adaptation stylistique entre Moyen Âge et Renaissance. Son histoire reflète les mutations politiques, religieuses et artistiques d’une région frontalière, tout en restant ancrée dans la vie communautaire actuelle.