Origine et histoire
La basilique Saint-Bonaventure de Lyon, située dans le quartier des Cordeliers sur la Presqu'île, est le seul édifice médiéval subsistant dans le nord du 2e arrondissement après les percées haussmanniennes du Second Empire. Son histoire est liée au couvent des Franciscains, installés sur ce site dès 1226 grâce à un legs du sénéchal de Grolée. Ces moines, surnommés « cordeliers » en raison de leur ceinture de corde, donnèrent leur nom au quartier. L’église actuelle, construite à partir de 1325 sous l’impulsion de Jacques de Grolée, remplace une première chapelle conventuelle trop exiguë. Elle abrite les reliques du cardinal Bonaventure de Bagnoregio, décédé lors du concile de Lyon en 1274 et enterré sur place.
L’édifice, orienté exceptionnellement vers le sud contrairement aux églises gothiques traditionnelles, est consacré en 1328 mais reste inachevé jusqu’aux années 1450–1480, grâce au financement de Jean de Pavie, médecin des rois Charles VII et Louis XI. Placée sous le vocable de saint Bonaventure après sa canonisation, l’église subit les vicissitudes de l’histoire : pillages pendant les guerres de Religion (1562), transformation en écurie pendant la Révolution, puis restauration progressive au XIXe siècle. Son architecture sobre, marquée par l’idéal de pauvreté franciscain, contraste avec la richesse des dix-sept chapelles latérales, construites entre les XVe et XVIe siècles par les confréries de métiers lyonnaises.
La façade, initialement dépouillée, est entièrement remaniée en 1860 par Claude-Anthelme Benoit, qui lui ajoute des roses, des pinacles et des statues pour équilibrer ses proportions. L’église, classée basilique mineure en 2019, abrite un orgue remarquable restauré en 2023, ainsi que des vitraux contemporains signés Louis Charrat (1945–1965), remplaçant ceux détruits lors de l’explosion du pont Lafayette en 1944. Ses chapelles, dédiées à des saints patrons de corporations (tailleurs, peintres, bateliers), illustrent le rôle social et spirituel des confréries médiévales.
Parmi les chapelles notables, celle de Saint-Joseph, ornée de sculptures de Jean-André Delorme et Vincent Fontan, fusionne trois espaces originels. La chapelle Saint-Antoine-de-Padoue conserve un retable néo-gothique et une statue de Fontan (1896), tandis que la chapelle des Tondeurs de draps se distingue par son arc en plein cintre et son retable Renaissance. Les vitraux, alliant styles médiéval (Émile Thibaud, XIXe siècle) et moderne (Louis Charrat, XXe siècle), racontent l’histoire de la basilique, de saint Bonaventure et des évangiles. L’édifice, propriété de la ville depuis 1905, reste un sanctuaire urbain actif, témoin de huit siècles d’histoire lyonnaise.
L’architecture intérieure repose sur un plan basilical classique, avec une nef centrale voûtée à 17,50 mètres, flanquée de collatéraux à 10,50 mètres. Les colonnes octogonales, sans chapiteaux, soutiennent des voûtes d’ogives aux dimensions rigoureusement égales, reflétant une esthétique fonctionnelle. La lumière, filtrée par les baies sud et les vitraux contemporains, anime l’espace selon les heures. Les confréries, comme celles des peintres (chapelle Saint-Luc) ou des marchands de Troyes (chapelle du Sacré-Cœur), y ont laissé leurs armoiries et retables, symboles de leur piété et de leur prospérité.
L’orgue, installé en 1845 par Joseph Callinet et restauré à plusieurs reprises (notamment en 1936 et 2023), compte aujourd’hui 68 jeux. Sa tribune, initialement placée au fond de la nef, fut déplacée dans le chœur au XIXe siècle. Les restaurations successives, dont la dernière par Michel Jurine, ont modernisé sa mécanique tout en préservant son esthétique de 1936. La basilique, inscrite aux Monuments historiques en 1927, a également bénéficié d’un ravalement de sa façade en 2022–2023, financé par la ville de Lyon et le diocèse.