Origine et histoire de l'Église Saint Bruno
L’église Saint-Bruno de Voiron, située place de la République, fut édifiée entre 1857 et 1871 sous la direction de l’architecte diocésain Alfred Berruyer, figure majeure du patrimoine religieux isérois. Commandée par la municipalité dès 1820 pour pallier la saturation de l’église Saint-Pierre (7 000 habitants à l’époque), sa construction fut financée en partie par les chartreux, qui offrirent notamment les 54 vitraux et les 3 rosaces réalisés par la maison parisienne Jules Gaspar Gsell-Laurent. Ces verrières, inspirées des modèles médiévaux du XIIe siècle, illustrent des scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament, avec une rosace centrale représentant le Christ en majesté, évoquant celle de Notre-Dame de Paris.
L’édifice, de style néo-gothique, se distingue par son ciment moulé — une innovation régionale utilisée pour les décors extérieurs — et ses moellons de pierre dure de Ratz, extraits des carrières entre Saint-Julien-de-Ratz et La Buisse. Mesurant 67 mètres de long (égale à la hauteur des clochers) pour 22 mètres de nef, l’église intègre une façade harmonique à trois portails sculptés, un chœur pentagonal orné de toiles marouflées (1919–1921) par Girard, et un orgue Callinet (1883) classé monument historique depuis 1973. Le mobilier liturgique (chaire, buffet d’orgue, clôture du chœur) adopte le même style néo-gothique, valant à l’ensemble le surnom de « cathédrale » parmi les Voironnais.
Classée monument historique par arrêté du 11 janvier 2007 (modifié en 2022), l’église doit aussi sa renommée à son emplacement stratégique : visible depuis la RD1075 (ex-RN75) et la voie ferrée Grenoble-Lyon, elle marque l’entrée du centre-ville piéton. Son histoire reflète les défis techniques de l’époque (inondation de 1897 emportant le perron, remplacé par l’escalier actuel) et l’influence des chartreux, dont le soutien financier scella le choix du nom en hommage à Saint Bruno, fondateur de leur ordre. L’architecture, bien que s’inspirant des principes de Viollet-le-Duc, s’en écarte par son plan original, mêlant nef voûtée d’ogives, triforium, et chapelles latérales.
Les vitraux, financés par les chartreux, suivent une tradition médiévale en quadrillant 214 scènes bibliques, d’Adam et Ève à Saint-Vincent-de-Paul. La rosace occidentale, chef-d’œuvre symbolique, dialogue avec les deux flèches de tuiles vernissées (67 m) et la toiture polychrome. À l’intérieur, les peintures marouflées de Monelli (inspirées des Jacobins d’Agen) et les sculptures de Paul Virieu (comme le « Beau Dieu » du trumeau, inspiré d’Amiens) achèvent ce programme artistique cohérent. L’orgue, initialement prévu pour Lyon, fut adapté en 1883 avec un buffet néo-gothique, puis restauré entre 1999 et 2002 par Daniel Kern.
Propriété de la commune, l’église incarne à la fois un patrimoine industriel (ciment de la Porte de France) et un lieu de mémoire : son perron reconstruit après l’inondation, ses vitraux sauvés par la générosité publique, et son orgue, témoin des échanges entre Voiron et Lyon. Aujourd’hui, elle reste un repère visuel et spirituel, classé pour sa valeur architecturale, historique et artistique, tout en illustrant l’essor urbain de Voiron au XIXe siècle.