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Église Saint-Charles de Marnaval en Haute-Marne

Église Saint-Charles de Marnaval

    2 Rue de Savoie
    52100 Saint-Dizier
Librairie Gauthier - Saint-Dizier Editeur

Frise chronologique

Renaissance
Temps modernes
Révolution/Empire
XIXe siècle
Époque contemporaine
1600
1700
1800
1900
2000
1603
Débuts de la sidérurgie
1874
Arrivée d’Émile Giros
1883
Explosion meurtrière
4 mai 1894
Pose de la première pierre
30 mai 1895
Bénédiction de l’église
1991
Cession à la ville
17 mars 2022
Inscription MH
19 août 2025
Classement MH
Aujourd'hui
Aujourd'hui

Patrimoine classé

Inscrit MH

Personnages clés

Émile Giros - Maître de forges et maire Commanditaire de l’église et artisan de Marnaval.
Charles-Albert de Vathaire - Ingénieur des Forges Auteur des plans de l’église.
Abbé Nalot - Vicaire et architecte diocésain Co-concepteur de l’édifice.
Jules Becquey - Ancien maître de forges Famille donatrice, armoiries sur la rosace.
Édouard Houssin - Sculpteur Auteur du buste d’Émile Giros.

Origine et histoire

L’église Saint-Charles-Borromée de Marnaval, située dans le quartier sidérurgique de Saint-Dizier (Haute-Marne), est un édifice atypique construit en briques de laitier, un matériau issu des déchets des hauts-fourneaux de l’usine voisine. Érigée entre mai 1894 et mai 1895 sur des plans de l’ingénieur Charles-Albert de Vathaire et de l’abbé Nalot, elle répondait à une demande pressante des ouvriers : disposer d’un lieu de culte proche, après l’explosion meurtrière d’une chaudière en 1883 (30 morts). L’usine, dirigée par Émile Giros, finança le projet sur un terrain acheté à la municipalité en 1892, incluant aussi des écoles et un cimetière.

La construction fut confiée à l’entreprise Ratinet, avec une première pierre posée le 4 mai 1894 et une bénédiction solennelle le 30 mai 1895, peu après la mort d’Émile Giros. Propriété de l’usine jusqu’en 1991, l’église fut cédée à la ville sous la pression des habitants. Son architecture mêle style roman (façade à deux tours tronquées, porche en béton) et symboles industriels, comme la rosace à motifs d’engrenages et d’outils. Les vitraux, offerts par des familles de métallurgistes, célèbrent saint Charles, saint Émile, et le Sacré-Cœur.

Le quartier de Marnaval, né de l’activité sidérurgique dès 1603, connut un essor majeur sous Émile Giros (administrateur à partir de 1874), qui y développa une politique sociale pionnière : logements, écoles, caisses de secours, et même une fanfare. L’église, cœur spirituel de cette cité ouvrière, fut conçue pour unifier une communauté de 1 305 habitants en 1889, dont 800 ouvriers. Le cimetière adjacent, inauguré la même année, abrite la tombe de Giros, entouré de ses employés comme il l’avait souhaité. Classée monument historique en 2025 (après une inscription en 2022), elle incarne l’alliance entre industrie, foi et progrès social.

À l’intérieur, la nef de 47 mètres de long, éclairée par des vitraux aux armes de la famille Becquey (anciens maîtres de forges), et les quatre clefs de voûte en béton de laitier soulignent l’innovation technique. Les statues en fonte du Sacré-Cœur et de la Vierge, transférées de la chapelle du Pont de la Grotte, rappellent les origines modestes du culte local. Malgré un projet de destruction en 1991, soutenu par l’évêque de Langres, la mobilisation des Marnavalais sauva l’édifice, aujourd’hui témoin rare de l’architecture industrielle religieuse.

Le choix des matériaux — briques et béton de laitier — fait de Saint-Charles une œuvre unique en France, liée à l’économie circulaire avant l’heure. La rosace du transept, ornée de symboles ouvriers (roues dentées, chaînes), et les trois cloches fondues en 1912 à Robécourt, achèvent de sceller son identité. Le journal L’Univers (1895) y voyait un rempart contre le socialisme, louant une population « honnête et vigoureuse », dirigée par des chrétiens soucieux de son bien-être.

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