Origine et histoire de l'Église Saint-Christophe
L'église Saint‑Christophe se situe au cœur de la commune de Baron, en Gironde. L'édifice est composite : son chevet a été élevé au‑dessus d'une crypte à demi enterrée et appartient à une construction du XIe siècle, modifiée au début du XIIe siècle par l'adjonction de colonnes adossées permettant le voûtement de l'ensemble du chœur de l'église haute. La travée droite du chœur est ornée d'un ensemble peint du XVIe siècle représentant les évangélistes, tandis que la nef et la façade occidentale ont fait l'objet d'une reconstruction et le chœur d'une restauration au XIXe siècle. L'église était un prieuré rattaché à l'abbaye de La Sauve‑Majeure ; elle est citée pour la première fois entre 1095 et 1102 dans le grand cartulaire de l'abbaye et y apparaît acquise avant 1086. La partie romane se compose d'un chevet en hémicycle et d'une chapelle basse dédiée à saint Jacques, dont les murs sont bâtis en petits moellons irréguliers disposés en lits, associés à du moyen appareil pour les contreforts. Au milieu du XIIe siècle, des voûtes ont été lancées sur l'abside et sa travée droite ; trois baies circulaires ont été percées dans la voûte pour éclairer un chœur rendu aveugle par le recouvrement qui masquait les fenêtres du XIe siècle. On constate aussi des remaniements sur l'ouest de l'église réalisés au cours du XIVe siècle. Au XIXe siècle, les oculi de l'abside furent remplacés par des ouvertures en plein‑cintre, puis modifiés ultérieurement pour restituer l'aspect du XIIe siècle ; des vitraux de style moderne ont été placés dans ces percements. La crypte a été restaurée à partir de 1861 et une sacristie a été construite au nord du chevet l'année suivante. D'importants travaux dans la nef, engagés à partir de 1899, ont concerné le surhaussement des murs, le percement de nouvelles fenêtres et le remplacement du lambris par une voûte en béton armé. Avant ces restaurations modernes, l'église possédait un clocher‑mur pignon à deux baies campanaires élevé à la fin de l'époque gothique ; il fut remplacé en 1908 par un nouvel ouvrage de style néo‑roman. Sur le mur sud se lisent les vestiges de plusieurs cadrans canoniaux et le monument aux morts de la commune se trouve dans le cimetière. L'édifice a été classé au titre des monuments historiques en 1908 pour sa crypte et inscrit en 2002 pour le reste.
La crypte, partiellement enfouie par l'exhaussement du sol du cimetière, est très exiguë (5,40 m × 5,40 m) ; elle est divisée en trois vaisseaux par quatre courtes et épaisses colonnes circulaires et voûtée en arêtes. Les chapiteaux présentent un décor très simple, géométrique ou végétal ; trois sont anciens et un est moderne. La crypte possède une veyrine, un trou étroit par lequel on faisait passer le corps des enfants que l'on souhaitait guérir, pratique fréquente en Aquitaine et d'origine pré‑romane. À l'extrémité ouest se lisent les anciens accès qui la reliaient à l'église ; on y accède aujourd'hui depuis l'extérieur. On compte quatre cryptes en Gironde : la basilique Saint‑Seurin à Bordeaux, les vestiges de l'église Saint‑Saturnin de la Libarde à Bourg, l'église Saint‑Cyr à Saint‑Ciers‑d'Abzac et celle de Baron.
L'abside présente trois baies en plein‑cintre dans la partie haute de ses murs et une arcature intérieure en plein‑cintre reposant sur de fins supports munis de petits chapiteaux sculptés en méplat, essentiellement végétaux, à l'exception d'une corbeille figurant un personnage ; leur réalisation remonte aux dernières décennies du XIe siècle. La travée du chœur contient quatre chapiteaux doubles à corbeilles figurées, issus d'une reconstruction partielle du chevet au XIIe siècle et d'une iconographie inspirée de celle de l'abbaye de La Sauve‑Majeure. Autour de l'autel, on retrouve des monstres et animaux maléfiques — basilic, aspic, lion et dragon —, ennemis traditionnels de Dieu et de l'homme évoqués par le psaume cité dans le sanctuaire, destinés à avertir moralement les clercs ; l'archange saint Michel est également représenté comme figure d'espérance pour le pécheur. Sur l'arcade orientale, le chapiteau nord est fortement érodé ; on y distingue deux basilics affrontés autour d'un minuscule arbre de vie, deux visages masculins suçant les queues de ces monstres et des basilisks allongés sur les queues de deux serpents entrelacés, une mise en scène interprétée autour du désir amoureux. Le chapiteau sud oppose un lion bicorporé et androcéphale aplati sur la première corbeille à un être angélique foulant et transperçant un dragon sur la seconde, image de la tentation opposée au secours angélique. L'arcade occidentale, correspondant à l'ancienne clôture du sanctuaire, a été refaite en 1854 et ses chapiteaux sont des reproductions des originaux ; le chapiteau nord y montre quatre dragons reptiliens à crête dont deux enlacent leurs queues autour d'un quatre‑feuilles pour dévorer une plante de vie, tandis que le chapiteau sud figure quatre dragons de type aviaire s'abreuvant à trois calices, aux queues entrelacées et aux serpents disposés entre leurs pattes.
Les peintures murales comportent sur le doubleau des motifs géométriques ocre rouge sur fond ocre jaune, témoins d'un décor peint roman. Dans la première moitié du XVIe siècle, le sanctuaire a reçu de nouvelles peintures représentant les quatre évangélistes : saint Jean écrivant sous l'aigle est bien conservé et un autre évangéliste coiffé d'un turban rouge est encore visible ; ces figures semblent avoir complété le programme iconographique d'un retable, tandis que des traces sur les voûtes montrent le soleil, la lune et une mandorle. Les vitraux datent pour partie de 1880 et sont l'œuvre de François Fialeix, signés dans les ajours à Mayet ; trois autres vitraux modernes du XXe siècle sont de Raymond Mirande. Le mobilier comprend un Ecce Homo, huile sur toile du XVIIe siècle, classé au titre des objets des monuments historiques, trois autels en marbre avec figures peintes ou en bas‑relief, une chaire et des fonts baptismaux du XIXe siècle.