Origine et histoire de l'Église Saint-Cyr-et-Sainte-Juliette
L'église Saint-Cyr-et-Sainte-Julitte d'Ambon, située dans le Morbihan, est un monument dont les origines remontent au 4e quart du Xe siècle, avec des transformations majeures aux XIIe, XVe et XVIIe siècles. Les fouilles archéologiques (1988–1990) ont révélé des vestiges gallo-romains (IIIe–IVe siècle) et un oratoire paléochrétien associé à un cimetière, antérieur à l’église romane. Ce premier édifice, en croix latine, comprenait une nef à cinq travées, un transept peu saillant et un chevet à abside centrale flanquée d’absidioles, typique de l’architecture religieuse bretonne de l’époque.
Au XIe siècle, l’église est mentionnée dans les cartulaires de Redon et Quimperlé, puis donnée au XIIe siècle à l’abbaye Saint-Gildas de Rhuys, qui y établit un prieuré. La nef, potentiellement pré-romane, et le transept (fin XIe–début XIIe siècle) conservent des éléments caractéristiques comme des chapiteaux corinthiens et une maçonnerie en opus spicatum. Le chœur roman, à abside semi-circulaire, est remplacé au XVe siècle par un chevet plat gothique, tandis que des chapelles latérales (Rosaire, Notre-Dame-de-la-Pitié) sont ajoutées au XVIIe siècle, modifiant radicalement l’aspect extérieur.
Les remaniements du XVIIe siècle incluent l’obstruction des fenêtres hautes de la nef, la surélévation du sol intérieur, et la construction d’un porche nord (XVe siècle) ainsi que d’une sacristie au XIXe siècle. Classée Monument Historique en 1990, l’église illustre l’évolution architecturale bretonne, mêlant héritage roman (façade ouest à contreforts, arcs en plein cintre), ajouts gothiques (baies ogivales) et transformations baroques. Les décorations intérieures, comme les traces de peintures romanes et les chapiteaux sculptés, témoignent de son importance religieuse et artistique.
Le site archéologique a également révélé un habitat gallo-romain sous la nef, suggérant une occupation continue depuis l’Antiquité. L’oratoire paléochrétien, comparable à des modèles des îles britanniques, précède la fondation de la paroisse au IXe siècle, mentionnée dans le cartulaire de Redon. Ces découvertes soulignent le rôle central de l’église dans l’histoire locale, depuis ses origines pré-romanes jusqu’à son intégration dans le paysage religieux médiéval et moderne.
L’édifice actuel, de plan irrégulier (28 × 12 m), conserve des éléments emblématiques comme la tour carrée sur la croisée du transept, la façade ouest du XIIe siècle avec son portail en plein cintre, et les bas-côtés à arcades romanes. Les modifications successives, bien que masquant partiellement les structures originales, offrent un témoignage unique des pratiques constructives et liturgiques en Bretagne sur près d’un millénaire.