Origine et histoire
L’église Saint-Denis de Remy, située dans l’Oise en région Hauts-de-France, est un édifice religieux aux influences architecturales variées, mêlant gothique flamboyant et Renaissance. Fondée au XIIIe siècle, elle conserve des vestiges de cette époque, comme les murs du transept originel, mais sa reconstruction majeure intervient entre la fin du XVe et le XVIe siècle. Le clocher-porche, haut de 35 mètres, date du XVIe siècle, bien que ses éléments décoratifs (flèche, balustrade, réseaux des baies) aient été ajoutés entre 1861 et 1873 sous l’impulsion de l’abbé Théodore-Cyrille Deligny, curé de Remy de 1863 à 1883. Ce dernier, autodidacte en vitrail, a également réalisé neuf verrières pour l’église, marquées par un style précurseur de l’Art nouveau, utilisant des symboles et des couleurs audacieuses comme l’orange ou le turquoise.
Le chœur et le double transept, reconstruits à partir de 1564, illustrent une transition stylistique entre gothique tardif et Renaissance, visible dans les piliers ondulés à huit renflements et les frises sculptées remplaçant les chapiteaux traditionnels. Ces parties orientales, d’une grande homogénéité malgré des campagnes de construction étalées, contrastent avec la nef, voûtée seulement au XIXe siècle dans un style néo-gothique dépourvu d’ornementation. Les bas-côtés, asymétriques, reflètent aussi cette dualité : le nord conserve un plafond lambrissé du XVIe siècle, tandis que le sud a été voûté d’ogives au XIXe siècle, avec des clés de voûte standardisées.
L’église abrite un mobilier liturgique exceptionnel pour une paroisse rurale, incluant 26 stalles du milieu du XVIe siècle, classées Monument Historique, dont les miséricordes sculptées mêlent motifs végétaux et figures grotesques inspirées de la Renaissance. Parmi les autres éléments remarquables figurent les fonts baptismaux du XIIIe siècle, réemployant un chapiteau roman, et une dalle funéraire du XVIIe siècle dédiée à Gérard Delan, curé de Remy pendant 52 ans. Les vitraux de l’abbé Deligny, bien que non classés, constituent un témoignage unique de créativité artisanale, combinant symbolisme religieux et abstraction géométrique, comme en témoigne la verrière axiale de l’abside, entièrement composée de motifs étoilés.
Classée Monument Historique en 1920 après des dommages subis pendant la Première Guerre mondiale, l’église a bénéficié de restaurations successives, notamment après la Seconde Guerre mondiale, où une explosion en 1944 endommagea plusieurs verrières. Aujourd’hui affiliée à la paroisse Saint-Joseph de la plaine d’Estrées, elle accueille encore des offices et se distingue par ses dimensions imposantes (39 m de longueur) et son clocher, point de repère visuel du village. Son histoire reflète aussi les évolutions liturgiques et artistiques, depuis ses origines médiévales jusqu’aux interventions du XIXe siècle, marquées par l’engagement personnel de l’abbé Deligny, dont l’héritage dépasse le cadre local.
L’extérieur de l’édifice révèle une riche ornamentation Renaissance, notamment sur les contreforts de l’abside, où des niches à statues et des entablements sculptés (grecques, perles, denticules) contrastent avec la sobriété des parties gothiques. Le clocher, bien que remanié, conserve des éléments authentiques comme une Vierge à l’Enfant du XVIe siècle, classée au titre objet. À l’intérieur, la séparation nette entre la nef des fidèles et le chœur liturgique, soulignée par des différences de hauteur et de décor, illustre la hiérarchie spatiale typique des églises paroissiales de l’époque moderne. Enfin, la tribune occidentale, datant du XVIIe siècle et provenant de l’abbaye de Saint-Jean-aux-Bois, ajoute une touche baroque à l’ensemble, avec ses balustres tournés et ses têtes de chérubins sculptées.