Origine et histoire de l'Église Saint-Denis-et-Saint-Jean-Baptiste
L'église Saint-Denis-et-Saint-Jean-Baptiste est une église catholique paroissiale située à Saintines, dans l'Oise, en région Hauts-de-France. Elle fut un important lieu de pèlerinage consacré à saint Jean-Baptiste, attirant des fidèles venus vénérer une relique rapportée des croisades et se baigner dans la fontaine voisine pour obtenir des guérisons, notamment contre l'épilepsie. L'édifice présente une double nef gothique flamboyante de quatre travées chacune, séparées par de grandes arcades percées dans le mur nord de l'ancienne nef romane dédiée à saint Denis. De l'époque romane subsistent le clocher trapu dont la base constitue la première travée du chœur Saint-Denis et l'une des plus anciennes voûtes d'ogives du département; quelques chapiteaux romans subsistent encore près des baies du clocher malgré des mutilations intérieures. Le chœur roman a été remplacé au XIIIe siècle par un chœur gothique à chevet plat, suivi de la construction de la chapelle Saint-Jean-Baptiste destinée à accueillir la relique ; la seconde nef fut édifiée après 1508 et forma un second chœur. L'architecture générale comporte peu d'ornements exceptionnels, mais l'église conserve un mobilier abondant qui atteste de son riche passé de pèlerinage. L'édifice est aligné sur la rue Jean-Jaurès et sa façade méridionale donne sur un parvis, tandis que la fontaine Saint-Jean-Baptiste se situe au nord, de l'autre côté d'une ruelle. Sous l'Ancien Régime la paroisse dépendait du diocèse de Senlis et des vestiges d'une abside romane ont été découverts sous le chœur actuel, signalant une implantation au moins depuis le XIIe siècle. La première mention écrite de l'église figure dans une bulle pontificale de 1182, et la confrérie de Saint-Jean-Baptiste est attestée par une bulle de 1340 qui reconnaît le pèlerinage et ses indulgences. Des seigneurs locaux, notamment les familles de Cugnières, de Vaux et de Vieux-Pont, ont contribué aux constructions et au rayonnement de l'édifice, entretenant le pèlerinage et établissant caveaux et tombeaux dans l'église. Le pèlerinage connut des excès et des débordements au fil des siècles, provoquant des interventions épiscopales et judiciaires, puis se maintint sous diverses formes jusqu'au XIXe siècle avant de décroître. La Révolution entraîna la vente des biens de l'église, la profanation du caveau et une période de culte clandestin, avant une reprise officielle des offices. Au XIXe siècle l'abbé Victor-Élysée Frairot, curé de 1879 à 1883, se suicida après la reprise d'une affaire judiciaire le concernant; son legs permit la restauration de la voûte de la nef Saint-Denis et d'autres travaux datés de 1888. L'édifice a été inscrit aux monuments historiques le 3 novembre 1927 et a fait l'objet de restaurations au XXe siècle, dont des interventions sur le chœur Saint-Denis en 1971 restées inachevées. L'église est aujourd'hui bien entretenue mais n'accueille que des messes occasionnelles dans le cadre de la paroisse Saint-Pierre de la vallée de l'Automne. Intérieurement, la nef méridionale dédiée à saint Denis conserve le portail occidental tardif, une façade en pierre de taille et une fausse voûte en berceau réalisée au XIXe siècle, tandis que les grandes arcades témoignent du mur roman primitif. La base du clocher, première travée du chœur Saint-Denis, présente une voûte d'ogives ancienne au profil particulier et des ogives larges datées des années 1125-1130, figurant parmi les premières expériences de voûtement d'ogives dans l'Oise. Le chœur Saint-Jean-Baptiste, étroit et profond, conserve des clés de voûte remarquables représentant l'Agneau de Dieu et la tête de saint Jean-Baptiste, ainsi qu'une niche voûtée autrefois destinée à l'exposition de la relique. La nef Saint-Jean-Baptiste, très homogène, offre un voûtement flamboyant complet avec nervures saillantes, clés de voûte en rosace et remplages de fenêtres caractéristiques, ainsi que de petits vitraux du XVIe siècle dans les tympans. Le clocher roman, trapu et monolithe, comporte un étage de baies géminées, une corniche de palmettes et une flèche octogonale en pierre; la tourelle d'escalier est du XVIe siècle. Le mobilier classé comprend notamment une grande statue polychrome de saint Jean-Baptiste, un demi-relief de la décollation du XVIe siècle, les vantaux peints de l'armoire reliquaire du XVe siècle, un retable brabançon du début du XVIe siècle et une statuette-reliquaire contenant un fragment osseux du saint; on relève aussi une Vierge à l'Enfant du XVe siècle, des vitraux du XVIe siècle représentant saint Roch, saint Étienne et une âme portée par des anges, ainsi que divers tableaux et objets liturgiques des XVIe et XVIIe siècles. Ces œuvres et éléments mobiliers témoignent de la longue dévotion à saint Jean-Baptiste et du rôle de l'église comme lieu de pèlerinage et de vie religieuse locale.