Origine et histoire de l'Église Saint-Désiré
L'église Saint-Désiré de Lons-le-Saunier, mentionnée pour la première fois en 1083, est liée à une communauté chrétienne ancienne, remontant peut-être au IVe siècle avec la mort de saint Désiré en 414. La bulle papale d'Eugène III confirme son statut de prieuré bénédictin dépendant de l'abbaye de Baume. Aucune trace documentaire ne mentionne de travaux entre les XIIIe et XVe siècles, mais une fraternité locale revendique en 1474 avoir reconstruit l'édifice, contestant la paternité monastique.
Les incendies de 1510 et 1536, puis la prise de Lons-le-Saunier par les troupes d'Henri IV en 1595, détruisent partiellement l'église : la charpente brûle, le chœur est endommagé, et le clocher s’effondre. La reconstruction du chœur, initiée par le prieur Georges d'Abbans (1592–1599), s’achève sous Antoine de Grivel (1625–1634), qui installe les stalles. Le clocher, rebâti en 1604 puis surélevé en 1672, est finalement arasé en 1795 pendant la Révolution.
Au XIXe siècle, des modifications majeures transforment l’édifice : en 1809, la première travée de la nef et deux chapelles du XVe siècle sont démolies pour faciliter l’accès à la préfecture. Le curé Carette, en 1844, détruit l’ancienne sacristie et réaménage l’espace, tandis que le curé Blanche reconstruit le clocher en 1878. La crypte, classée en 1908, et le reste de l’église, inscrit en 1927, témoignent de cette histoire mouvementée.
Les restaurations du XXe siècle, supervisées par l’architecte Julien Polti à partir de 1931, préservent ce patrimoine mêlant roman, gothique et ajouts modernes. La crypte abrite toujours le sarcophage de saint Désiré, soulignant le lien millénaire entre l’édifice et la communauté lédonienne.
L’église illustre les tensions entre pouvoir religieux et laïc : la fraternité du XVe siècle, les destructions révolutionnaires, et les réaménagements liés à l’administration préfectorale reflètent son rôle central dans la vie locale, entre culte, pouvoir et mémoire collective.