Origine et histoire de l'Église Saint-Étienne
L’église Saint-Étienne de Brie-Comte-Robert, attestée dès le VIe siècle par les écrits de Venance Fortunat, doit son édifice actuel à l’impulsion de Robert II de Dreux, qui rapporta de Terre sainte en 1192 des reliques précieuses, dont une épine de la Sainte Couronne et un fragment de la Vraie Croix. Ces reliques, exposées dans une église dédiée à saint Étienne — premier martyr chrétien —, motivèrent la construction d’un vaste édifice gothique entre 1200 et 1230, inspiré par la cathédrale Notre-Dame de Paris et l’église Saint-Merri. La nef, élégante et lumineuse, fut cependant laissée inachevée pendant plus d’un siècle, avant d’être complétée au XIVe siècle, puis à la Renaissance (1540-1545), où les voûtes des trois premières travées et la façade occidentale furent remaniées dans un style hybride.
Pendant la guerre de Cent Ans (1420-1430), l’église subit pillages et profanations par les troupes anglaises, qui volèrent les reliques et les ornements liturgiques. Une légende raconte que les reliques, emportées vers l’Angleterre, furent rendues après que des tempêtes aient empêché leur départ du port de Dieppe. Les dégâts causés par ces saccages expliquent la reprise en sous-œuvre des piliers nord et sud à la fin du XVe siècle, dans un style gothique flamboyant. Entre le XIVe et le XVIe siècle, dix chapelles latérales furent ajoutées, reflétant l’évolution des styles architecturaux, du rayonnant au flamboyant, puis à la Renaissance.
Classée monument historique dès 1840 — parmi les premiers en France —, l’église Saint-Étienne fut transformée en magasin de fourrage pendant la Révolution, perdant une partie de son mobilier. Ses vitraux, notamment ceux de la rosace orientale (1230) inspirée de Notre-Dame de Paris, et ses verrières des XIIIe-XIVe siècles figurant des évêques, furent préservés. Une restauration majeure, lancée en 1997 sous la direction de Jacques Moulin, permit de retrouver la polychromie d’origine des voûtes et des murs, tout en révélant des vestiges archéologiques, comme les fondations d’une nef romane du XIIe siècle.
Le clocher, positionné au-dessus de la dernière travée du bas-côté nord, domine le paysage urbain. Sa flèche octogonale, entourée de clochetons, contraste avec la tourelle d’escalier ronde, datant partiellement du XIIe siècle. À l’intérieur, le chœur, inchangé depuis le XIIIe siècle, présente une claire-voie élégante et une rosace aux vitraux d’origine, tandis que la nef mêle des éléments gothiques primitifs, flamboyants et Renaissance. Les chapelles latérales, dédiées à divers saints, abritent des retables et des vitraux des XVIe et XXe siècles, dont une verrière de 1535 illustrant la vie de saint Jean-Baptiste.
L’église reste le cœur spirituel de Brie-Comte-Robert, desservant un secteur paroissial de sept communes. Son mobilier classé — comme un bénitier du XVIe siècle, un devant d’autel du XVIIe siècle, ou des tableaux des XVIIe et XVIIIe siècles — témoigne de son riche passé. Parmi les anecdotes marquantes, le mariage en 1350 du roi Philippe VI de Valois avec Blanche de Navarre y fut célébré, et en 1927, le maréchal Joffre y scella une plaque commémorative en hommage aux soldats américains morts pour la France.
Les fouilles archéologiques de 2012, menées lors de l’installation d’un chauffage au sol, révélèrent des vestiges d’une nef romane plus étroite, voûtée d’ogives, ainsi qu’une piscine liturgique sous le chevet actuel. Ces découvertes confirment l’existence d’au moins trois églises successives sur ce site, depuis le VIe siècle. Aujourd’hui, après des siècles de transformations, l’église Saint-Étienne incarne à la fois un chef-d’œuvre de l’architecture gothique francilienne et un lieu de mémoire vivante, où se mêlent histoire nationale, patrimoine artistique et dévotion locale.