Origine et histoire de l'Église Saint-Étienne
L’église Saint-Étienne de Déols, située dans l’Indre en région Centre-Val de Loire, s’élève sur l’emplacement d’une ancienne nécropole gallo-romaine, attestée par des sarcophages des IIIe et IVe siècles, dont ceux de saint Ludre (marbre orné de scènes de chasse) et saint Léocade (calcaire). Une basilique funéraire y fut construite vers le VIe-VIIe siècle, comme en témoignent les vestiges observés en 1968 sous le chevet actuel. Grégoire de Tours mentionne dès le VIe siècle une crypte dédiée à saint Ludre, confirmant l’ancienne vocation religieuse du site.
L’édifice actuel, construit entre le Xe et le XVIe siècle, fut initialement vendu aux moines de l’abbaye de Déols en 955-959 sous le vocable Saint-Ludre, avant d’être dédié à saint Étienne en 1139 par le pape Innocent II. La façade romane du XIIe siècle, ornée de fenêtres en plein cintre et de décors en billettes, contraste avec le clocher carré du XVIe siècle, inspiré de celui de l’église Saint-Martial de Châteauroux. Les bas-côtés voûtés d’ogives, ajoutés au XVe siècle, reposent sur des consoles sculptées d’angelots et d’animaux fantastiques, tandis que la nef conserve un berceau de bois du XVe siècle.
Les cryptes abritent toujours les sarcophages de saint Ludre et saint Léocade, redécouverts au XIXe siècle. En 1862, l’abbé Chagnon identifia celui de Léocade et fit ériger la chapelle de la Vierge au-dessus, commémorant un miracle de 1187. Les vitraux, majoritairement créés par les ateliers Mauméjean au XXe siècle, remplacent ceux détruits pendant la Révolution ou la Seconde Guerre mondiale. L’église, classée Monument Historique en 1947, illustre ainsi une stratification historique unique, des origines gallo-romaines à l’art religieux médiéval et moderne.
Parmi les éléments mobiliers remarquables figurent une inscription du XIe siècle réemployée comme linteau, et une cloche de 1576 provenant de l’abbaye Notre-Dame de Déols, gravée d’une épitaphe évoquant sa refonte après un incendie. Les vitraux narrent des épisodes bibliques (Annonciation, Résurrection) ou locaux (miracle de 1187), tandis que les peintures murales et les chapelles latérales, comme celle de Saint-Jacques-de-Compostelle, reflètent les ajouts et restaurations successives.
L’histoire de l’église est aussi marquée par des actes notariés, comme la vente de 955 ou la bénédiction d’une cloche en 1760 en présence de notables locaux, dont Jean Penier, procureur du roi. Les bombardements de 1944 endommagèrent partiellement les vitraux, conduisant à leur remplacement par des œuvres signées Mauméjean. Aujourd’hui, l’édifice, propriété de la commune, reste un témoignage majeur de l’art religieux berrichon, lié à l’histoire de l’abbaye de Déols et à la dévotion locale aux saints Ludre et Léocade.