Origine et histoire de l'Église Saint-Eusèbe
L'église Saint-Eusèbe d'Auxerre trouve ses origines au VIIe siècle, lorsque saint Pallade, 20e évêque d'Auxerre (622-657), fonde un monastère dédié à saint Eusèbe de Verceil hors des murs de la ville. Souvent attaqué et détruit, ce monastère est abandonné par les moines à la fin du VIIIe siècle, puis passe sous le contrôle de la cathédrale d'Auxerre. Au XIe siècle, l'évêque Humbaud (1087-1114) y introduit des chanoines réguliers de Saint-Laurent, transformant Saint-Eusèbe en prieuré et en paroisse vers 1130. L'église, reconstruite à plusieurs reprises, subit un incendie en 1216 et voit son chevet s'effondrer en 1523.
La reconstruction du chevet au XVIe siècle adopte le style Renaissance, avec des verrières remarquables, notamment dans la chapelle axiale dédiée à la Vierge. Les vitraux, détruits puis remplacés après les guerres de Religion (1567-1568), racontent en partie l'histoire de saint Laurent, patron secondaire de l'église. Le portail, érigé en 1633, porte des représentations de saint Eusèbe et saint Laurent. En 1634, le prieuré est affilié aux chanoines réguliers de Sainte-Geneviève de Paris, qui restaurent et embellissent l'édifice.
La nef, remaniée entre le XIIIe et le XVe siècle, s'appuie sur un clocher roman du XIIe siècle, similaire à celui de l'abbaye Saint-Germain d'Auxerre. Le chœur, reconstruit au XVIe siècle, surplombe la nef. L'église abrite des reliques précieuses, dont une étoffe byzantine du IXe siècle appelée « suaire de Saint Germain », ainsi que des peintures italiennes des XVe au XVIIIe siècles. Classée monument historique dès 1862, elle témoigne d'une histoire mouvementée, marquée par des destructions, des reconstructions et des transformations architecturales.
Initialement située à l'extérieur des fortifications du IIIe siècle, l'église est intégrée à la ville avec la construction de la deuxième enceinte par Pierre II de Courtenay en 1196. Son emplacement, dans la rue Saint-Eusèbe, reflète son rôle central dans la vie religieuse et communautaire d'Auxerre. Les chanoines, peu nombreux au XVIIIe siècle, vendent progressivement les terrains du prieuré, conduisant à la construction de maisons particulières sur les parcelles.
Les sources historiques, comme les Mémoires de l'abbé Jean Lebeuf (1743) ou les études d'A. Lescuyer (1839), soulignent l'importance de Saint-Eusèbe dans le patrimoine auxerrois. Les verrières, étudiées par Danielle Velde et Françoise Perrot (2016), illustrent l'évolution artistique et religieuse de l'édifice, tandis que les reliques et peintures témoignent de son rayonnement spirituel et culturel à travers les siècles.